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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 21:51


On les sait pourvoyeurs d'armes et de fonds pour tout ce qui ressort des mouvances à caractère "djihadiste"-pour utiliser le jargon en vogue....
Néanmoins, on les constate "grands amis" des principaux gouvernements Occidentaux où l'argent frais se fait rare , problème que le Quatar semble atténuer pour une infime partie en injectant du cash ...en faisant leur "marché" (...sans commentaire... )...

Maniant pression et gros chèques, le Qatar cherche à peser sur la politique des pays du Maghreb, du Sahel, et plus à l'Est des rives sud de la Méditerranée ..., en surfant sur son soutien au Printemps arabe. Une omniprésence qui le rend de moins en moins populaire.

Début mars, le Nil a failli en "tomber de son lit": le Qatar serait sur le point de racheter les pyramides et le canal de Suez, symboles égyptiens par excellence ! « Combien d’accusations infondées porte-t-on contre nous ? » s’insurge Hamad Ibn Jassem, le puissant Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du micro-État, contraint de démentir. Une anecdote révélatrice des fantasmes et des soupçons qu’éveille l’émirat gazier en Afrique du Nord. Hyperactif et hypermédiatisé, le Qatar, soutien inconditionnel des "révolutions" ...qu'il infiltre de "Salafiste"de tout genre...s'est immiscé dans tous les rouages politiques, économiques et sociaux des pays concernés. Omniprésent, il se voit prêter toutes les intentions.

« Les Qataris apprennent la communication. Leur image leur a échappé », analyse Mohammed El Oifi, maître de conférences à Sciences-Po Paris et spécialiste de la chaîne qatarie Al-Jazira. L’assassinat, le 6 février, du Tunisien Chokri Belaïd, leader du Parti des patriotes démocrates unifié (PPDU) ? « Nous n’excluons pas l’implication d’un État de la monarchie du Golfe [sic] », suggère Mohamed Jmour, numéro deux du PPDU, le 2 avril. En Mauritanie, nombre de médias ont vu l’ombre de l’émirat derrière les tirs qui ont blessé le président Ould Abdelaziz en octobre 2012. « L’assassinat politique n’est pas dans la culture du Golfe », objecte le chercheur Naoufel Brahimi El Mili.

“Votre tour viendra !”

Des soupçons d’ingérence inspirés par le comportement même de la monarchie multimilliardaire. Enivré par «ses» victoires considérées comme "révolutionnaires" (...) en Égypte, en Tunisie et en Libye, l’émir, Hamad Ibn Khalifa Al Thani, a pu s’y croire en terrain conquis. Rien n’est pourtant moins vrai. Dès novembre 2011, le représentant de la Libye nouvelle mouture, aux Nations unies, Abderrahmane Chalgham, tempêtait : « La Libye ne sera pas un émirat dirigé par le calife du Qatar ! » Et quand, à Tunis, les autorités déroulaient le tapis rouge au souverain, en janvier 2012, l’avenue Bourguiba grondait « Dégage ! ». Il en faut pourtant plus pour refroidir les ardeurs qataries. En témoignent les déclarations de l’émir, en visite officielle en Mauritanie en 2012, incitant Mohamed Ould Abdelaziz à se rapprocher du parti d’opposition islamiste Tawassul et brandissant la menace d’une "révolution". Monsieur Abdelaziz lui avait aimablement mais fermement montré la porte de sortie...Ou l’avertissement adressé à deux reprises - fin 2011 puis début 2013 - par Hamad Ibn Jassem aux autorités algériennes hermétiques à sa politique syrienne : « Votre tour viendra !» Cette arrogance agace -et on serait agacer à moins, pour rester poli...- du Caire à Tunis, où les drapeaux du Qatar flambent.

Tissés bien avant les événements de Sidi Bouzid,en Tunisie, les réseaux de l’émirat lui ont permis de se réserver les meilleures places aux banquets des fameuses "révolutions". Ami de Kaddafi, entretenant des relations cordiales avec Ben Ali et Moubarak, Hamad Ibn Khalifa Al Thani n’en accueillait pas moins leurs opposants. On pouvait ainsi croiser à Doha Youssef al-Qaradawi, le prédicateur star d’Al-Jazira, d’origine égyptienne ; le religieux libyen Ali Sallabi ; ou encore le gendre du Tunisien Rached Ghannouchi (leader du parti islamiste Ennahdha), Rafik Abdessalem, qui dirigeait le département des recherches au centre d’études d’Al-Jazira avant de rentrer en Tunisie et d’y occuper le poste de ministre des Affaires étrangères (de fin 2011 à mars 2013). Pas de quoi rassurer Alger et Nouakchott, capitales épargnées par le Printemps arabe : l’émir n’offre-t-il pas asile à l’Algérien Abassi Madani, cofondateur du Front islamique du salut (FIS), ainsi qu’à l’ancien président mauritanien Maaouiya Ould Taya, chassé du pouvoir par l’actuel chef de l’État ?

Car "Sa (peu gracieuse) Majesté"n’accorde pas droit de cité aux seuls militants de "l’islamisme".., ou, pour être plus clair, du terrorisme organisé et sous le contrôle discret mais efficace des services spécialisés en manigances et intrigues diverses(...) de nos belles Capitales, championnes de la démocratie et des droits de...(...)... Des figures de régimes déchus ont également trouvé refuge - au moins un temps - sur ses terres, comme le Libyen Moussa Koussa, ancien chef des renseignements et ministre des Affaires étrangères de Khadafi.., ou le Tunisien Sakhr el-Materi, gendre de Ben Ali. Le paradoxe n’effraie pas l’émirat : ce paradis fiscal, où tout ce petit monde a placé sa fortune, a vu son procureur général, Ali Ibn Fetais al-Marri, chargé par les Nations unies de coordonner les enquêtes sur les fonds détournés par les dirigeants arabes renversés. Ce n'est pas une blague...!

Paralyser...

« Ceux qui considèrent le Qatar comme un État-nation traditionnel ne pourront que se tromper », explique Mohammed El Oifi. Petit et faiblement peuplé, l’émirat doit, pour exister, s’imposer à l’extérieur. Et le Printemps arabe lui en a apporté l’occasion sur un plateau : il a paralysé les derniers grands de la diplomatie régionale, Égypte et Syrie, alors que l’Irak déchiré n’a plus guère de poids et que l’Arabie saoudite reste empêtrée dans ses problèmes de succession. La Ligue arabe est ainsi tombée sous l’emprise qatarie. Les caisses de l’Égypte sont à sec ? L’émirat y déverse quelques milliards de dollars. La zone grise du Sahel, déstabilisée par la guerre libyenne, a vu débarquer ses convois humanitaires. Et, fin 2012, Hamad Ibn Khalifa Al Thani est allé se faire acclamer à Gaza, déserté par les chefs d’État arabes depuis 2007.

De quoi confirmer, pour certains, le soupçon d’un agenda impérialiste caché. La question est: au service de qui ?
• La thèse des journalistes Jacques-Marie Bourget et Nicolas Beau, dans "Le Vilain Petit Qatar", propose: "le Printemps arabe ne serait que l’aboutissement d’un grand projet panarabe à teinte islamiste fomenté par Doha. (...)".
Cette thèse nous semble un peu limite...
• Plus mesuré et plus réaliste surtout , Naoufel Brahimi El Mili considère plutôt le petit émirat comme le bras agissant d’une Amérique qui a vu dans les révolutions l’occasion d’édifier le « Grand Moyen-Orient » "démocratique" ( ie/ soumis au diktat des E.U.... et surtout n'opposant aucune résistance à caractère nationaliste (donc normale...) aux ambitions et convoitises de ces gros "appétits" (...) que George W. Bush voulu imposer sans y arriver. 

Pour Mohammed El Oifi, l’activisme qatari ne s’inscrit pas dans une stratégie préméditée : « La seule obsession de ce petit État coincé entre Iran et Arabie saoudite est d’agir pour exister et d’exister pour survivre. » 

Facile donc d'infiltrer et de "manipuler" un tel Etat: il suffit de lui lisser le poil dans le bon sens....

Le problème reste: emportée par son instinct de survie, la machine qatarie ne finira-t- elle pas par échapper au contrôle de ses pilotes ?...
Avec les conséquences que vous pouvez imaginer...

En attendant, le Qatar continue d'acheter tout ce qui a de la valeur et s'offre à ses fonds quasi illimités.., en Occidentcomme ailleurs248346_1706833403635_1622044770_1385285_66716_n.jpg...
Un vrai Monopoly avec un seul joueur-acquéreur...et de nombreuses cases prisons pour les récalcitrants... (...).

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Published by mary ann van gellens
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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 16:11

Nasser et La CIA

 

*

 

Premier dossier sur les agissements « underground »de la CIA et du gouvernement américain:

De l’art et de la manière d’intervenir, de manipuler et de mener le jeu dans le monde :

Une méthode bien rôdée…

 

*

 

«Le passé et le futur n'existent qu'en relation avec toi ; tous deux ne sont qu'un, c'est toi qui penses qu'ils sont deux.» ( Djalal al-dîn Rûmi )

 

*

 

 

En écrivant « Le Jeu des nations –L’immoralité du pouvoir public », l’Américain Miles Copeland avait certes conscience de lancer une bombe. Un diplomate qui avait lu son manuscrit lui avait reproché de révéler « un tas d’informations qu’il aurait mieux valu oublier », et de ternir l’idée que les Américains se faisaient de leur gouvernement. C’est ainsi que ce livre fut édité en Grande-Bretagne et non aux Etats-Unis. Spécialiste des questions arabes au département d’Etat, Miles Copeland a tenu, à Washington, de 1955 à 1957, le rôle de Nasser dans ce « jeu des nations » dont il nous explique les règles. Il a également été envoyé en mission –des missions très spéciales…- au Moyen-Orient à cette époque cruciale. Le mécanisme qu’il démonte permet de se faire une idée, sinon de comprendre, comment se sont « montés » -et se montent toujours…- la plupart des coups de théâtre qui se jouent sur les scènes des pays du sud, des nations émergentes, des Etats africains, de la zone du Moyen-Orient…, etc. Il ne s’agit pas d’histoire dépassée. En reprenant les confidences de ce spécialiste des manœuvres « underground », méthode pas uniquement américaine, nous reposons une question qui nous semble fondamentale : sommes-nous toujours dans un monde régit par quelques principes de base, que cautionnerait le Droit International Public, censé être le garant de l’idée que les Etats sont souverains (…) –l’ont-ils été vraiment un jour? Pour certain on peut en douter…-, ou avons-nous versé dans une sorte de système où seule la loi du plus fort règne ? Si cela s’avère être devenu « la norme », il est à craindre que ce grand retour à un état plus proche de « la barbarie » que de « la civilisation » ne nous conduise à nous autodétruire à plus ou moins brève échéance. Peut-être que les conditions biologiques de la vie nous permettront de nous multiplier sur cette terre durant des siècles encore…Mais ce sera sans ce qui nous a tous tenu tant à cœur : la liberté d’être souverain et de se définir selon ses propres aspirations. Ce principe essentiel a permit aux peuples, et aux nations qui les représentent, de se construire ensemble un monde où l’homme a peu à peu émergé des sombres pages de son histoire (…) pour se définir comme appartenant à une humanité debout, capable de se donner des règles, de respecter quelques lois d’éthique et de morale politiques et économiques, de s’accepter dans ce qui en fait l’un des charmes, l’une des richesses, la diversité. Le problème du respect de la nature n’est pas considéré ici, mais il n’est pas oublié. Nous nous proposons d’ouvrir un dossier délicat qui ne ressort que du cadre du politique, plus particulièrement des manipulations politiciennes des américains (il fallait un premier exemple…) en matière d’intrusion dans les affaires d’un Etat tiers, voir d’une région, le Moyen-Orient. C’est un premier dossier. D’autres suivront.

 

1. L’art de faire le nécessaire.

 

« Les dirigeants qui prennent les décisions majeures au niveau du gouvernement, sont comme des chefs d’entreprise. Ils disposent de tous les moyens imaginables pour peser les données d’un problème et pour le résoudre. Des moyens impersonnels, objectifs et d’une efficacité éprouvée. Même si les grands principes doivent en souffrir. » C’est ainsi que Copeland résume ce qui lui a semblé être le système auquel il a appartenu (son témoignage rapporte une méthode de travail qu’il a pu observer dans les années soixante-dix. Disons que l’on admet qu’il y ait eu quelques réaménagements...Mais ceux-ci concernent plus la forme que le fond de la dite méthode…), manière de faire qui reste aujourd’hui d’actualité. Par souci de clarté, nous le citerons textuellement. C’est un témoignage qui est trop important pour risquer d’être déformé par une remise en forme. Nous en commenterons la portée plus tard. « « L’honnêteté, disait Benjamin Franklin, est la meilleure des politiques ». Ce n’est pas une loi inviolable. Quand l’intérêt d’un pays est en jeu, on n’hésite pas à faire intervenir des formes occultes qu’il est toujours possibles de désavouer ensuite. En particulier, quand il s’agit de passer outre au principe de « non- ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain ». C’est l’une des raisons d’être du Jeu des nations. Les fenêtres de « la salle de jeu » du ministère américain des Affaires étrangères (département d’Etat), à Washington, donnent sur Connecticut Avenue. Dans cette salle, chaque jour de la semaine, entre dix-sept heures et minuit, des experts triés sur le volet se réunissent autour d’une table de conférence. Leurs noms : Tito, Pompidou, Willy Brandt, Kossyguine, Golda Meir, Nasser, etc.… En réalité, Kossyguine peut avoir les traits d’une jeune femme aussi belle que Brigitte Bardot et Golda Meir ceux d’un universitaire à l’acné encore juvénile. Mais tous bénéficient d’informations en provenance du département d’Etat, de la CIA, du Pentagone. Informations qui sont supposées être entre les mains de la personnalité dont ils jouent le rôle. Ces experts sont chargés de déterminer ce que seront les réactions du vrai Nasser ou du vrai Pompidou, face aux décisions de l’exécutif américain. Sachant comment ripostera l’adversaire, le Président des Etats-Unis peut préparer sa riposte à la riposte. Les experts ont des principes relativement simples. Premièrement, oublier toute notion de bien ou de mal. Deuxièmement, considérer que le premier objectif d’un chef d’Etat est de conserver le pouvoir. Troisièmement, considérer qu’un chef d’Etat estime toujours qu’il agit pour le bien de son pays, en plus du pouvoir qu’il détient et ne tient pas à perdre. Dans le « jeu des nations », il n’y a ni bons ni méchants. Seulement des gens qui essaient de marquer des points. Les résultats sont généralement satisfaisants. Au moins aussi bons que ceux de la météorologie nationale. Mais s’il est facile pour un Américain de prévoir la réaction d’un chef d’Etat (Notons que De gaulle est peut-être le seul à avoir échappé à de nombreuses reprises à cette règle !..), y compris d’un chef d’Etat d’Europe orientale, il n’en est pas de même quand il s’agit de dirigeants du Tiers-Monde, qui semblent ne suivre aucune règle établie (ou, à tout le moins, connue…). Et, alors qu’il est facile de programmer sur ordinateur un match de boxe, ou autre, (…), il est plus difficile de programmer un match Foster-Dulles-Gamal Abdel-Nasser. À un tel point que nous, Américains, ne pouvons pas toujours « jouer » avec un leader du Tiers-Monde. C’est alors que l’exécutif peut envisager l’élimination du partenaire récalcitrant. Encore faut-il qu’il ne soit pas remplacé par « un joueur » plus déroutant… (Ce qui s’est passé en Irak par exemple…et ailleurs…Nous y reviendrons.). L’exemple syrien est, à cet égard, des plus significatifs, poursuit Copeland. Au mois de février 1947, le gouvernement Britannique fait officiellement savoir à Washington que Londres n’a plus les moyens financiers d’assurer « la paix britannique » au Moyen-Orient. Ou bien les Américains prennent la relève, ou bien cette région risque de tomber entre les mains des Soviétiques. Nous décidons de relever le défi. À cette époque, nous poursuivons un triple objectif dans la région : éviter que la « guerre froide » ne dégénère, à la faveur d’un conflit local (…), en guerre tout court entre les Etats-Unis et l’Union soviétique ; permettre aux gouvernements locaux de se renforcer politiquement et militairement pour les associer à « la défense du monde libre » ; favoriser nos investissements commerciaux. « À priori », nous avons les coudées franches. Le seul conflit local est le conflit israélo-arabe, mais les deux « Grands » ignorent encore à qui apporter leur sympathie (…). La Grèce et la Turquie sont nos alliés à 100%. L’Iran (d’avant la Révolution dite islamique) l’est encore à 90%. Seuls les pays arabes nous sont hostiles. Les experts américains estiment qu’il s’agit d’un malentendu : les Arabes ont toutes les raisons de craindre l’URSS et d’apprécier notre bouclier. Les compagnies pétrolières les rendront bientôt riches. Ils seront les premiers bénéficiaires d’un « règlement amical » de la question palestinienne. (…) Malheureusement pour nous, les dirigeants arabes n’ont pas suivi le raisonnement des experts. Et les experts en ont conclu qu’il était indispensable de renverser ces dirigeants. Cela dit, ils préconisèrent, pour une première intervention, la plus grande prudence. Et ils déterminèrent dans quel pays cette intervention aurait lieu. La Syrie a été choisie, par élimination. En 1947, sa situation économique est excellente. D’autre part, après des siècles de domination turque, puis française, les Syriens semblent mûrs pour la démocratie. Enfin, la clique des politiciens au pouvoir semble particulièrement vulnérable. Il suffira d’un léger coup de pouce pour les faire tomber. Par exemple, que les élections de juillet (…) soient réellement « libres » (on y reviendra…). Sans aucun doute, des élections véritablement « libres » seront-elles gagnées par une élite intellectuelle qui se révèlera coopérante. En conséquence, diplomates, journalistes, missionnaires, agents secrets, sont mobilisés pour veiller à « la régularité » du scrutin. Des candidatures sont suscitées. Les bureaux locaux des compagnies pétrolières américaines, fraîchement installées, couvrent leurs panneaux publicitaires d’affiches invitant les citoyens à accomplir leur devoir. (Rappelons ci qu’il s’agit d’un système politique qui leur est totalement étranger…les Etats-Unis le savent…). Un accord est conclu avec les chauffeurs de taxi : ils conduiront gratuitement les électeurs jusqu’aux bureaux de vote. Des machines à voter, du dernier modèle, sont expédiées des Etats-Unis. L’ambassade informe Washington que les élections seront « aussi américaines que la tarte aux pommes ».

La désillusion sera à la mesure des assurances données.

 

Il n’y a pas d’astuce.

 

L’électeur de base considère que « ces élections libres » sont imposées par l’étranger au bénéfice d’un gouvernement corrompu. Il ne profite de l’occasion que pour monnayer son bulletin de vote. Les chauffeurs de taxi s’associent pour négocier leurs services à l’un ou l’autre parti. Les scribes kurdes ne tiennent pas leur parole donnée aux missionnaires et font voter en bloc pour le plus offrant. Les machines à voter sont sabotées. Ou bien tombent en panne faute d’électricité. Les deux ou tris qui fonctionneront jusqu’au bout ne connaîtront pas un meilleur sort. La « technologie impérialiste » est suspecte. Les résultats donnés seront contestés. Les bulletins de vote recomptés à la main. Avec toutes les irrégularités possibles et inimaginables. Il y a des blessés. Il y a des morts. Les observateurs se demandent quelle astuce les cerveaux de Madison Avenue ont encore inventée ! En vérité, il n’y a pas d’astuce. Simplement, nous sommes nouveaux dans la région. Nous ne connaissons pas les règles du jeu qui s’y pratique. Mais nous ne désespérons pas. De 1947 à 1952, nous nous contenterons d’être présents, soutenant matériellement nos candidats comme les Soviétiques, les français, les Britanniques, le feront pour les leurs. Notre attitude est celle du joueur de poker qui s’installe à une table sans connaître ses partenaires. Nous misons, mais nous évitons de suivre quand les enchères montent trop haut. Parallèlement, nous formons des spécialistes des questions arabes. Au bout de dix ans, nous en aurons autant que les Britanniques et quatre fois plus que les Soviétiques. Personnellement, je suis arrivé à Damas au mois de septembre 1947. J’étais chargé d’entrer officieusement en contact avec le président Kouatly et les principaux membres de son gouvernement. Je devais les convaincre de libéraliser le système politique. Très rapidement, je me suis rendu compte que Kouatly, malgré son accueil chaleureux, n’avait pas l’intention de libéraliser quoi que ce soit. Et qu’il ne croyait pas à l’importance d’une révolution pourtant prévisible. En ce qui nous concerne, la situation était claire. Ou bien cette révolution serait le fait de politiciens opportunistes soutenus par l’URSS, et déboucherait sur un bain de sang, ou bien elle serait l’œuvre de l’armée, avec notre appui, et s’accomplirait pacifiquement. Ainsi fut décidé le coup d’Etat du colonel Zaïm qui eut lieu le 30 mars 1949. Husni Zaïm était alors chef d’état-major de l’armée syrienne. Les hommes de l’équipe du major Meade, de la légation américaine, entreprirent systématiquement de tisser des liens d’amitié avec lui. Meade suggéra à Zaïm l’idée du coup d’Etat et lui donna des conseils pour le réaliser. Dès que l’idée eut fait son chemin, le département d’Etat fut avisé. Tout en nous faisant comprendre qu’il préférait ne rien connaître des détails de l’entreprise, le département d’Etat répondit qu’il ne voyait pas de raisons « de décourager Zaïm pour autant que ce dernier promettait de rétablir la démocratie parlementaire aussitôt que possible ».Nous savions (pourtant bien, quant à nous…) que telle n’était pas l’intention de Zaïm. Il voulait emprisonner les politiciens corrompus ; établir un gouvernement de technocrates ; engager des réformes dans le domaine socio-économique ; « faire quelque chose de constructif » pour régler le problème israélo-arabe. Mais nous considérions que la situation était si explosive qu’il fallait avant tout assurer le maintien de l’ordre. Quels que soient les moyens utilisés. Le coup d’Etat se déroula sans contretemps. Deux jours plus tard, Meade était l’éminence grise du nouveau dictateur. C’est lui qui faisait nommer les ambassadeurs, favorisait les promotions et décidait du régime alimentaire que devait suivre Kouatly, qui souffrait d’un ulcère, dans sa prison. Le gouvernement américain reconnut le nouveau régime. Aussitôt Zaïm devint un autre homme. Il nous pria de changer d’attitude à son égard. De nous lever quand il entrait. De ne plus le tutoyer. De l’appeler « Excellence ». Il restait, cela dit, amical à notre égard. Mais nous pensâmes qu’il valait mieux lui chercher un remplaçant. D’autant plus qu’il était un militaire de la veille école. Il ignorait la théorie moderne du commandement qui exige d’un chef qu’il place ses subordonnés dans une telle situation qu’ils n’aient d’autre choix que d’accepter ses ordres. Zaïm exigeait l’obéissance inconditionnelle de ses camarades officiers. Il ne tolérait pas la discussion. Au bout de quelques mois, il fut évident qu’il ne représentait même pas l’armée. Qu’il ne représentait que lui-même. Le 14 août, un groupe d’officiers conduits par Sami Hennawi encercla la maison de Zaïm, et liquida le dictateur. Quatre mois plus tard, Sami Hennawi sera emprisonné par un autre officier, le colonel Adib Chichekly, qui gouvernera par civils interposés jusqu’au 21 novembre 1951, prendra le pouvoir absolu à cette date et la fuite trois ans plus tard. Depuis, les coups d’Etat succédèrent aux coups d’Etat et personne ne sut plus qui était derrière qui. De l’expérience syrienne, nous avons tiré un certain nombre de conclusions. La première, c’est qu’il s’agit moins de changer de gouvernement que d’établir un régime stable. Si nous intervenons à nouveau en Syrie, ce sera dans ce but. Nous préférerions un gouvernement stable, quelle que soit sa composition, à une succession de coups d’Etat. (Notons que c’est ce qui se produira avec les « règnes » de Asad, père et fils…)… La seconde, c’est que Zaïm, quatre mois durant, a mené la Syrie comme un chef de bande. Un gangster. Il aurait mieux valu appuyer un groupe qu’un homme. Une élite, soutenue par une « sous élite » ayant elle-même des racines dans le peuple. Un régime du type Zaïm ne peut durer longtemps. Il est ruineux pour le pays. Il ne permet plus de jouer au « jeu des nations ». En effet, quoi de plus énervant pour des partenaires que de savoir qu’un mauvais joueur peut renverser la table ? Mieux vaut encore un homme qui nous imposera des concessions, mais que nous pourrons comprendre (…pour ne pas dire explicitement contrôler…).  

 

C’est ainsi que nous avons fait la connaissance de Gamal Abdel Nasser.

 

2. À la recherche d’un leader.

 

Pendant la période d’ »observation » qui succéda au fiasco de Zaïm, les politiciens américains continuèrent à rêver. Ils croyaient les Arabes bien trop « pratiques » pour vouloir le communisme (entendre par là...la main mise Soviétique…/ou Chinoise…pour la question vietnamienne. Nous y reviendrons.). Qu’il suffisait d’organiser des élections libres pour que cette région s’engage dans la voie de la démocratie parlementaire (un produit d’importation, ne l’oublions pas…). Dans ses discours, le secrétaire d’Etat Dean Acheson semblait partager cette opinion. En privé, il demanda à ses collaborateurs de chercher des solutions moins orthodoxes au problème arabe. Et il plaça à la tête d’un comité secret, composé de spécialistes du ministère des Affaires étrangères et du Pentagone, un agent de la Central Intelligence Agency. Cet agent était Kermit Roosevelt. Petit-fils du président Theodore Roosevelt, Kermit « Kim » Roosevelt se rendra célèbre, en 1953, en montant seul, à Téhéran, l’Opération Ajax : le shah ayant fui à Rome, c’est « Kim » qui rameuta les partisans du monarque et provoqua les émeutes qui devaient le rétablir sur le trône. En attendant, il devait diriger le comité secret qui, au bout de quelques semaines, soumit une série d’idées « non conventionnelles». La moindre n’était pas le lancement d’un prédicateur musulman, de la stature de Billy Graham, qui mobiliserait les masses arabes dans une grande croisade anticommuniste. On alla jusqu’à sélectionner des religieux irakiens, mais le projet n’aboutit pas. Au début de 1952, le comité participa au « jeu des nations » du Moyen-Orient. On prit en considération les positions de nos amis, de nos ennemis et des neutres. On fit le point de notre expérience et de nos capacités. Depuis l’Opération Zaïm, notre connaissance s’était singulièrement renforcée. Nous nous sentions prêts à entreprendre une opération d’envergure. Pour de multiples raisons, nous choisîmes l’Egypte. Nous étions convaincus de son influence sur les autres pays arabes. Encore fallait-il trouver un leader. Un leader qui ait plus de pouvoir qu’aucun chef arabe n’en a jamais eu (y compris celui de prendre des décisions impopulaires). Et qui en ait le goût. Un leader qui, contrairement à Zaïm, partage son succès avec ses compagnons et soit accepté par le peuple. Le seul ennui est que, pendant des siècles, les Egyptiens avaient été dirigés par des hommes corrompus, imposés par l’étranger, et qu’ils se méfiaient instinctivement des dirigeants. (N’oublions pas qu’il s’agit là de l’analyse d’un américain ayant travaillé dans le cadre des manœuvres américaines dans la région… Son point de vue, aussi intéressant soit-il, reste celui d’un observateur extérieur et étranger à la région…). Il n’y avait aucun moyen d’éviter qu’un leader égyptien, comme tout chef d’Etat arabe, n’utilise le péril israélien pour souder le peuple autour de lui. La première mission de Kermir Roosevelt consistait à organiser une « révolution pacifique » avec la complicité du roi Farouk. Le roi aurait supervisé le changement de pouvoir, prenant de vitesse les forces révolutionnaires que la CIA avait démasquées depuis déjà deux ans et que l’on disait sur le point de passer à l’action. Si notre premier projet échouait, il faudrait trouver une personnalité de premier plan, ou un homme fort, ou une formule combinant les deux. Farouk aimait bien Roosevelt. Il l’avait connu pendant la guerre alors qu’une crise avait éclaté entre lui et les Britanniques qui exigeaient le renvoi de ses ministres favorables à Hitler. Roosevelt lui rendait alors visite chaque jour et lui parlait de l’avenir de l’Egypte après la guerre. Une Egypte qui aurait recouvré toute sa souveraineté et dont lui, Farouk, serait le vrai chef. Farouk aimait entendre ce genre de propos et c’est pourquoi il accueillit chaleureusement Roosevelt quand ce dernier débarqua au Caire en 1952. Cela dit, le roi n’était pas exactement l’homme que recherchait l’Américain. Bien qu’intelligent, il manquait de suite dans les idées, se plongeant dans des orgies phénoménales alors que l’on attendait de lui une décision urgente. (Nous reviendrons sur cette façon de juger de la qualité d’homme d’Etat, en fonction de ce que l’on en attend…). C’était un velléitaire. Pendant les deux mois que Roosevelt passa au Caire, Farouk s’arrangea pour que les deux hommes forts du gouvernement, Martaghi et Motaal, forcent le Premier ministre à démissionner. Il le fit tout en accumulant les « preuves » que les deux hommes étaient manipulés par la CIA. Il nomma un honnête homme, El Hilali, à la tête du gouvernement. Mais en lui posant de telles conditions qu’El Hilali ne pouvait accepter. Enfin, devant les arguments de Roosevelt, il permit à El Hilali de chasser du gouvernement les ministres les plus corrompus. (Toujours cette « main mise extérieure…Nous verrons en quoi ces consignes venant du gouvernement américain n’étaient pas discutables…Pour le moment nous nous contenterons de les illustrer par une parole célèbre du Parrain-cet excellent film de Coppola- : « nous lui avons fait une proposition qu’il ne pouvait refuser »…Nous y reviendrons…). Mais il leur procura des charges encore plus lucratives. Découragé, Roosevelt comprit que seule l’armée pourrait instaurer un régime avec lequel les puissances occidentales pourraient discuter. (Nous y voilà…). Ce n’était pas de gaîté de cœur. Après la pagaille qu’il avait pu observer en Syrie, Roosevelt se méfiait des militaires. (Dans cette région du monde. Les Américains seront beaucoup moins « chatouilleux » sur la question quand il s’agira de mettre en place des gouvernements dictatoriaux avec, à leurs têtes, des militaires, dans certains pays d’Amérique latine...Mais là nous passons à un autre aspect de la question…, que nous traiterons ultérieurement.) Pourtant, il accepta de rencontrer les officiers que la CIA soupçonnait de préparer un coup d’Etat. C’était en mars, (exactement) quatre mois avant la prise de pouvoir par Nasser. Nasser savait que la CIA connaissait l’existence du complot. Il s’arrangea de son côté pour que des officiers libres rencontrent Roosevelt. Il y eut trois entrevues importantes qui débouchèrent sur un accord. En fait, Roosevelt et Nasser faisaient la même analyse de la situation égyptienne. D’une part, les masses ne se soulèveraient pas pour des raisons économiques. Aucune révolution historique n’a eu pour cause des raisons économiques (…Discutable…Mais suivons le raisonnement et l’exposé de Copeland jusqu’au bout…). D’autre part, les masses égyptiennes ne se soulèveraient sous aucun prétexte. Pendant des milliers d’années, les fellahs (les paysans) ont vécu chichement et ils pourraient vivre de même encore un millier d’années. (Même si nous ne partageons pas la manière dont la chose est amenée et les causes avancées, il est certain que le paysan égyptien a, de tout temps, montré un fatalisme docile devant sa misérable condition. Cela provient certainement, entre autres, de l’histoire même de l’Egypte pharaonique…). Ainsi, il n’y aurait pas de soulèvement populaire. Dès que les conditions seraient favorables, l’armée prendrait le contrôle du pays et les masses seraient petit à petit gagnées à la révolution.

 

La reconquête de la Palestine

 

Ni Roosevelt ni Nasser n’estimaient le peuple égyptien mûr pour la démocratie. Néanmoins, afin de faciliter les relations entre le gouvernement du Caire et celui des Etats-Unis, ils décidèrent d’un commun accord que le nouveau régime s’engagerait publiquement à « rétablir le processus démocratique ». En réalité, le gouvernement révolutionnaire, dit Roosevelt, devrait alphabétiser le peuple ; favoriser l’établissement d’une classe moyenne ; faire comprendre au peuple qu’il est son gouvernement et non celui des Anglais, des Russes, des Français ou de l’aristocratie ; favoriser l’instauration d’une démocratie originale tenant compte des réalités locales. Il y avait, certes, des sujets de friction. Particulièrement en ce qui concerne le problème palestinien. Mais Roosevelt releva, à ce sujet, des nuances d’importance. La plupart des Arabes -et nombre d’Occidentaux- (à resituer dans la période…) considèrent que la reconquête de la Palestine est une priorité majeure des pays de la région. Eric Downton, journaliste au « Daily Telegraph », quotidien conservateur londonien, a écrit que la défaite de 1948 avait été « traumatisante » pour les Arabes et que la « haine d’Israël » avait été un élément déterminant dans l’esprit des promoteurs de la révolution égyptienne. Nasser n’était pas de cet avis. Cinq ans après la défaite, et à la suite des conversations avec des centaines d’officiers, il considérait que le peuple ne ferait pas une révolution pour les palestiniens. Il admit devant Roosevelt que les officiers égyptiens avaient été humiliés par les Israéliens. Mais il insista sur le fait que leur ressentiment allait, « dans l’ordre, contre nos propres officiers supérieurs, les autres Arabes, les Britanniques, puis les Israéliens ». Autre point délicat : celui du nationalisme arabe. Faire dire à un responsable égyptien ce qu’il pense sincèrement des Arabes est pratiquement impossible. La première règle, pour quelqu’un qui projette un coup d’Etat dans un pays arabe, est d’en appeler aux Egyptiens (ou aux Syriens, aux Irakiens, etc…) et de ne pas prononcer le mot « arabe ». Malgré les déclarations sur la fraternité entre Arabes, les Arabes ont l’esprit de clocher. (Rappelons qu’il s’agit là d’un point de vue qui n’engage que Copeland …, même si l’appréciation est très partagée par d’autres observateurs…). Et c’est ce qui compte quand on proclame un changement de régime. C’est vrai des Egyptiens en général et de Nasser en particulier. Quand il a déclenché sa révolution, celui qui, depuis, s’est révélé le plus grand leader panarabe savait peu de choses sur eux. Il ne sentait pas arabe (Notons que les Egyptiens ne sont pas des Arabes…Et que l’on met un peu trop facilement tout et n’importe quoi sous l’intitulé « Arabes »…Un gros mélange qui sert à ceux qui auraient beaucoup de peine à s’imaginer entretenir de vraies relations de partenariat avec les peuples du Moyen-Orient…Nous y reviendrons également…). Il n’avait jamais visité d’autres pays arabes. (L’amalgame « Egypte-Pays Arabe » est une constante des observateurs Occidentaux. L’Egypte est un pays de culture arabe, de religion musulmane-avec des minorités…- mais l’Egypte est égyptienne (pour faire court !) !) Il détestait le peu qu’il en savait. Même les voyages qu’il a entrepris dans la région depuis 1952 ont confirmé cette vielle suspicion. Pour lui, les Irakiens sont des sauvages (…), les Libanais (encore des non-arabes !) sont corrompus et moralement dégénérés. Il aurait dit (à Copeland) que « Beyrouth était un grand night-club »… Les Saoudiens sont sales, les Yéménites arriérés et stupides, les Syriens irresponsables et tricheurs. (Les humains ont vraiment l’art de se dénigrer les uns les autres !).

….

Je suis convaincu, continue Copeland, que les officiers qui l’entourent …se servent du panarabisme dans l’intérêt de la seule Egypte. (Point de vue à analyser…). D’ailleurs, chaque fois que Nasser a été confronté à d’importants problèmes intérieurs, il est devenu moins arabe et davantage égyptien. Il est bon de mentionner l’absence de la Palestine et la fiction de l’unité arabe dans les motivations des révolutionnaires égyptiens qui ont pris le pouvoir en 1952. L’incompréhension des vraies motivations nous a fait commettre de lourdes erreurs en Egypte comme dans d’autres pays du Moyen-Orient. (Je pense personnellement que ces « erreurs » d’appréciation dont parle Copeland ne sont pas le seul fait de cette époque. Les Américains, comme d’autres (…), continuent de croire qu’ils ont compris cette région du monde alors qu’ils ne l’ont qu’effleurée, avec une « grille » d’interprétation qui est source de nombreuses erreurs. Le problème est, je suppose, ailleurs que dans une bonne compréhension de ces peuples. Il réside dans l’évaluation de ce que l’on pourra continuer d’obtenir d’eux, tout en les plaçant dans l’impossibilité de se développer de manière autonome, car cela nuirait au rôle qu’on leur a assigné sur l’échiquier géopolitique, échiquier dont on fixe unilatéralement les règles du jeu et que l’on considère comme une sorte de « chasse-gardée »…Nous analyserons plus tard cet aspect de la question…).

...

 

Une affaire strictement intérieure

 

Les officiers égyptiens aimaient bien les Américains à cause de leur familiarité. Mais ils respectaient et admiraient les Britanniques. C’est pourquoi ils ne leur ont jamais pardonné de les avoir traités en inférieurs : « Ils nous donnaient l’impression, m’a dit Nasser, d’être des citoyens de seconde classe dans notre propre pays ». (Cet aspect de la question, le fait de traiter « l’Autre » de manière condescendante, quand on ne le taxe pas tout bonnement « d’inférieur »…est l’une des grandes failles du système américain. Nous verrons, dans le cadre d’une analyse plus approfondie, que c’est peut-être là qu’il faudra chercher les causes d’une « rupture » toujours plus affirmée entre l’Occident et l’Orient , ou, plus précisément, le Moyen-Orient…). Roosevelt avait parfaitement compris. Quand il rentra du Caire, au mois de mai, il fit un rapport détaillé à Dean Acheson. « Premièrement, dit-il, la « révolution populaire » prévue par le département d’Etat n’aura pas lieu. « Deuxièmement, malgré les espoirs du département d’Etat, il ne sera pas possible de tenir l’armée « hors du coup ». Qu’on le veuille ou non. « Troisièmement, les officiers qui vont prendre le pouvoir n’ont pas les motivations que leur attribuent la plupart des diplomates. Non seulement cela augmente leurs chances de réussir, mais encore nous aurons en face de nous des négociateurs flexibles et raisonnables. « Quatrièmement, le gouvernement américain devra accepter le départ du roi Farouk et, peut-être, la fin de la monarchie. Il est possible, pour la forme, d’adresser une protestation officielle et l’ambassadeur américain au Caire peut se préoccuper du roi Farouk. « Cinquièmement, une fois le nouveau régime installé, le gouvernement américain devra se garder d’insister pour que la junte organise des élections et instaure un gouvernement constitutionnel. Nous devons considérer que la mise en place d’institutions démocratiques sera longue et se fera en souplesse. (Avisé…) « Sixièmement, personne, à Washington, ne doit considérer que le coup d’Etat est « notre coup d’Etat ». Ce sera une affaire strictement intérieure, pratiquement libre de notre influence, que l’on soutiendra en se bornant à ne pas s’y opposer. Quant à l’ennemi déclaré du nouveau régime, il s’agit bien moins d’Israël que des classes possédantes égyptiennes, et que cela nous plaise ou non, de l’Angleterre. »

 

Tout se passe comme prévu

 

 Roosevelt parla aussi beaucoup du type de leader qui s’imposerait. Ce ne serait sans doute pas le grand leader arabe espéré, mais la situation particulière que connaît l’Egypte exige un dirigeant moins prophétique. (…). Un dirigeant capable de « dominer et presque ensorceler un petit groupe d’hommes ». « Il sera ce qu’il sera, conclut Roosevelt. Si nous ne savons pas comment nous y prendre avec lui, il vaut mieux apprendre ». Notre gouvernement apprit le coup d’Etat du 22 juillet par les journaux. Les rapports de la CIA qui avaient précédé la nouvelle ne donnaient pas la date exacte de l’évènement. La presse occidentale était favorable (…Nous reviendrons sur la question des médias occidentaux…). Le coup d’Etat s’était déroulé sans effusion de sang et il était, manifestement, bien accueilli par les Egyptiens. L’homme qui tenait le devant de la scène, le général Néguib, semblait être un homme de caractère réfléchi est ses lieutenants, des jeunes gens aux cheveux courts, paraissaient être du gabarit rêvé pour bâtir la nouvelle Egypte. Ils affichaient leur détermination de balayer la corruption, d’instaurer un gouvernement efficace, de réformer les partis politiques. Ils ne parlaient pas d’Israël (Ouf…Nous y reviendrons…). Si la presse avait « doublé » l’ambassade, c’était seulement parce que les journalistes avaient câblé la nouvelle à trois heures du matin… (Officiellement…Se reporter à ce que demandait Roosevelt, plus haut…dans les extraits de son rapport…). L’ambassade était fermée et Nasser dû attendre le matin avant d’envoyer l’un de ses adjoints prévenir officiellement l’ambassadeur. Une fois le coup d’Etat accompli, Roosevelt et les membres du comité secret évitèrent d’avoir des contacts directs avec Nasser. D’une part, pour ne pas être accusés de connivence ; d’autre part, parce que tout se déroulait comme prévu. Ce ne sera qu’après l’installation du général Eisenhower à la Maison-Blanche, en 1953, que nous déciderons de voir où en était la révolution égyptienne. C’était le vœu du nouveau président, qui désirait tout savoir de ce nouveau « joueur », et s’assurer qu’il ne sortait pas des sentiers battus. Enfin il s’agissait de déterminer une stratégie afin de « gagner » si nous devions entrer en conflit avec lui et, surtout, de l’amener à coopérer avec nous autant que possible. Nous savions qu’en l’aidant à se renforcer dans ce secteur du jeu nous allions créer, inévitablement, des conflits entre lui et nous (…).Mais nous pensions qu’avec un minimum d’habilité, nos intérêts respectifs seraient sauvegardés…".

 

***

 

Nous nous sommes permis quelques premiers courts commentaire. Ils sont placés entre parenthèses dans le corps du texte. Nous analyserons, dans un autre contexte, la portée de ce témoignage, tout en le relisant à la lumière de ce qui se passe actuellement. 

Hors-texte, nos propos sont en italique.

Et pour conclure sur ce premier dossier:

Nasser ne sera pas l’homme que les américains croyaient avoir cerné…

À cela s’ajouteront les « conditions » que l’Histoire lui offrira (Nous sommes en pleine époque de décolonisation…Nous sommes aussi contemporains de Nehru (…), Tito (…)… Etc...) pour montrer aux américains qu’il ne suffit pas toujours de gagner au « jeu des nations» pour emporter la victoire...

 

À suivre…

 

Mary Ann van Gellens, 10-11 juillet 2010- correction , ce 25 juillet 2010.

 

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 19:19

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’Emir  Abd-El –Kader,

Homme de génie, de science et de sagesse.

***

« Il ne faut jamais craindre de rendre justice à un ennemi ; c’est toujours honorable et quelque fois habile. »

Napoléon Bonaparte, in « Correspondances »

*

« Si tous les trésors du Monde étaient disposés à mes pieds, et s’il m’était donné de choisir entre eux et ma liberté, je choisirais ma liberté. »

L’Emir Abd-el-Kader, in « Conseil au Sage, instructions  à l’ignorant »

 

***

 

 

Préambule

Pourquoi écrire sur l’Emir Abd-El-Kader ces quelques lignes ?

L’idée m’en est venue à la lecture des  diverses « caricatures »  proposées par le grand marché de l’Info. (…)  concernant les musulmans  et  leur religion. Dénaturée par une opinion publique savamment dirigée et le plus souvent inculte, l’Islam, les musulmans, leurs apports précieux au monde par leurs connaissances et leurs sciences (on ne peut nier ce que l’Histoire a enregistré … quant bien même on préfèrerait l’oublier…),  passent chaque jour un peu plus à la trappe de l’oubli ou de la défiguration.  Je me suis souvenue alors de ce grand personnage, qui,  incarnant l’une des grandes voies de l’Islam, le Soufisme, ne pouvait  qu’infirmer   les propos et gesticulations du moment, en leurs opposant une vérité, certes plus difficile à accepter par les foules, à  qui on a appris à trouver, dans l’effigie du musulman, la source de tous leurs maux (…), mais aussi plus conforme à la réalité.

J’espère que ces lignes aideront certain à reconsidérer leurs prises de position vis-à-vis de ce qui a été, est et restera une grande religion essentiellement tournée vers la paix, la rencontre, la tolérance et  l’espérance.

 

Introduction

Comment exalter l’homme d’action, qui fut et reste le héros d’une épopée que plus d’un millier d’écrits tentent de retracer, sans présenter le penseur, l’homme de lettre, le poète ?

Comment et quoi garder, si l’on veut, si l’on désire rester concis,  d’une vie si riche, d’une personnalité si marquante, sans risquer de tomber dans le piège d’en délaisser une partie essentielle?

Le héros qui s’imposa à l’admiration de ses ennemis mérite qu’on lui rende hommage.

Le chef de guerre, le stratège militaire, l’homme politique, attend que l’on salut son passage dans l’Histoire et qu’on en reconnaisse toute l’importance.

L’homme de dialogue, qui montra, toute sa vie durant, combien il plaçait d’espoir dans un rapprochement entre les peuples, par delà les différences culturelles, religieuses, raciales, identitaires, tant  par ses interventions en faveur des Chrétiens de Damas que par la confiance dont il honorait les Juifs, sans oublier les contacts réguliers qu’il entretenait avec Monseigneur  Dupuche -alors évêque d’Alger, avec la franc-maçonnerie (…), mérite que l’on s’arrête et médite quelque peu le message qu’il nous a laissé par son si riche vécu.

Ne l’appelait-on pas le « Napoléon du Désert » ? A-t-on oublié le mot d’un poète Arabe qui, suivant les hommes de son Armée à travers le grand sud, telle une ombre se mêlant aux sables, a dit de l’Emir : « À celui qui dédaigne le contemporain, et pense que le pas est dû aux anciens, dis : «  Cet ancien a été nouveau et ce nouveau deviendra ancien »… » ? Nous pourrions y ajouter que celui qui oublie l’ancien pour ne voir que le contemporain se prive lui-même d’une expérience essentielle.

Certains historiens parlent d’un « Socrate algérien ». De Socrate, l’Emir Abd-El-Kader avait en effet la douceur, la bonté, la patience, l’élévation morale.

À tout cela il faudrait ajouter que ce grand homme, qui a vécu au XIXème siècle, de 1808 à 1883 (ce n’est pas si ancien !), que ce poète savant qu’il fut au départ, par sa vie et son destin, fut un homme qui sût non seulement aimer ses semblables mais aussi, pour un grand nombre d’entre eux, les guider.

 

Abd-El Kader en Algérie (1808-1847)

Abd-el-Kader Nasr-Ed-Din Ibn Mehi--Ed-Din Al Djazaïri, naquit au mois de mai 1808, à la Ketna paternelle, sur les rives de l’Oued Hammam, province située dans l’Est algérien, région d’’Oran.

Dès son plus jeune âge, Abd-El-Kader se différencia de ses jeunes compagnons par un étrange contraste entre une robuste santé et une grande timidité naturelle. Le Colonel Charles-Henry Churchill, qui fut certainement l’un de ses grands amis, souligne, dans son ouvrage sur la vie de l’Emir : « Les facultés mentales du garçon furent d’une inhabituelle précocité. Il pouvait lire et écrire à l’âge de cinq ans. À douze ans, il était taleb, c’est-à-dire commentateur autorisé du Coran, des Hadiths (traditions du Prophète Mohammed), et des plus estimées d’entre les gloses de sa religion. Deux ans plus tard, il parvint au titre hautement recherché de Hafiz, réservé au lettré qui connaît le Coran dans sa totalité et peut le réciter sans l’aide du livre. On lui confia dès lors une classe dans la mosquée familiale où il pu expliquer et enseigner les passages les plus difficiles et les plus obscurs des commentateurs les plus confirmés. » (…) 

Plus il avançait en âge, plus il se distinguait par des dons exceptionnels. Charles-Henry Churchill disait encore de lui qu’il se dégageait de  sa personne « un charme inexprimable » avec « ses grands yeux (…) où, par instant, étincelaient les éclairs de l’intelligence et du génie ».

Il fut également un homme de cheval  sans égal. Plus que la grâce qui émanait de lui, son étonnante maîtrise en faisait un des meilleurs cavaliers de son époque. On disait de lui « que sa selle était son trône ».

Il prenait à cœur de se cultiver, d’apprendre, de progresser. Peu à peu, malgré son jeune âge, il put ainsi gagner de l’ascendant sur son entourage.

En 1825, après deux années d’emprisonnement dans les logements du Bey Hussein, où, profitant de leur réclusion forcée, Abd-El-Kader et son père Mehi-Ed-Din, poursuivaient leurs études (…), l’Emir fit son premier grand voyage en Orient. Passant par  Suez et Djedda, il accompagna son père à la Mecque. Ce fut là sa première longue traversée, allant de Damas à Bagdad, où chaque étape sera prétexte à l’étude, à la rencontre, au recueillement.

Il rentrera de ce long voyage en 1828.

C’est à cette époque également qu’Abd-El-Kader va  se concentrer sur l’étude. « Du lever au coucher su soleil, il quittait rarement sa chambre. Il ne s’interrompait  que pour les repas et les diversions sacrées de la prière », écrivit Churchill.

Il s’imprégnera ainsi des plus grandes œuvres des philosophes et mathématiciens grecs. Il s’enthousiasmera pour les plus riches auteurs de l’époque Andalouse. Il se passionnera pour les sciences et découvrira même l’Astronomie. Retranché du monde, Abd-El-kader, entouré des plus grands esprits de son temps, suivait irrésistiblement la volonté de son destin. Il affinait son savoir, se tournant peu à peu vers une forme éclairée de sagesse. Son apprentissage des sciences l’enrichissait chaque jour davantage. Il se mit à haïr la guerre. Il ne savait pas encore qu’il allait y être projeté et devenir un grand  chef militaire, reconnu, craint et respecté de tous.

En 1830, les Français prennent Alger. Les tribus Arabes ne considèrent  pas cette incursion comme hostile, habitués qu’ils sont à repousser les Francs, les Espagnols et les Anglais  des villes côtières. Ils n’ont pas compris l’importance de ce que le Général de Bourmont, dans sa proclamation publique (…), annonça lorsqu’il déclara « que la France prenait possession non seulement de la ville d’Alger mais de toute la régence ».

Le 4 janvier 1831, ce sera le Général Damrémont qui entrera dans le port d’Oran. Le Bey s’embarquera alors pour Alexandrie (…). Ceci marquera les débuts d’une longue colonisation de l’Algérie.

Le 21 novembre 1832, Abd-El-Kader est couronné Sultan, son père ayant abdiqué en sa faveur. (…). À  ce titre « pompeux » de Sultan, il choisira celui d’Emir.  Ce sera la naissance d’un nouveau Khalifat arabe dont la  vie, bien qu’éphémère (…) marquera durablement l’Histoire. Et,  même si celle-ci, pour certaines de ses pages, reste encore à débroussailler, à explorer,  à comprendre et à écrire,  le souvenir du jeune Emir, enflammé et fougueux, y est resté gravé.  

Ce chef, qui allait pour longtemps étonner le monde,  sera confronté, bien malgré lui, à un climat de troubles où se dessinait  déjà les contours d’une colonisation qui allait durer cent trente ans.

Pas plus qu’il ne pu estimer à sa juste mesure les conséquences de ce début de présence française, il ne saura à quel point son nom allait être associé à la grande aventure qui attendait cette ancienne régence turque et finirait par aboutir, après beaucoup de sang versé, à l’  Algérie indépendante de 1962.

Il traversera les revers et les succès, les malheurs de l’exil comme le feu de la guerre avec une même force tranquille.

Quand il revenait d’une bataille, qu’il achevait de régler les affaires de l’Etat, ou encore lorsqu’il ne parcourait pas l’Algérie en tout sens, l’Emir aimait à se retrouver parmi ses livres. L’étude  sera, tout au long de sa vie, l’une de ses occupations favorites. On connaît la parole d’Anatole France : «  On se lasse de tout, excepté de comprendre ». Or pour comprendre, il faut apprendre et méditer ce que l’on a appris. Ceci, Abd-El-Kader le savait. Il l’a exprimé avec ses mots dans son ouvrage « Conseils au Sage, Instruction à l’Ignorant » : « La jouissance de l’esprit ne lasse pas, tandis que la nourriture rassasie et ennuie ».

L’étude, pour l’Emir, sera le moyen d’enrichir son esprit, d’améliorer son caractère, de progresser sur la voie de la perfection individuelle. Il dira, dans ce même traité de sagesse que « l’homme, ayant reçu de Dieu le don de perfectibilité, rien ne le dépare plus que de négliger son âme et de la dépouiller de cette faculté. »

Le désir de perfection s’accordera avec ses responsabilités d’homme et de chef. Il sera, durant toute sa vie, modeste, scrupuleux, sévère envers lui-même.  Ses contemporains lui adresseront des éloges que son seul prestige politique n’eût suffi à lui attirer. On peut en juger par le témoignage de Poujalat, dans  ses « Etudes africaines » : «  La poésie arabe nous répète que l’esprit de l’Emir est plus vaste que la mer, qu’il est le plus savant des savants, (…), et que les tolbas s’inclinent devant son génie ; qu’une lettre qu’on lui adresse ne reste jamais sans réponse, et qu’il emploie toujours les plus belles, les plus pures expressions. (…). Les vers d’Abd-El-Kader sont dans toutes les bouches, sous toutes les tentes (…) ; ils charment les ennuis du cavalier dans ces longues courses où souvent l’on fait des lieues sans rencontrer un buisson. »

L’expérience et la réflexion le convaincront que la suprématie des hommes et des nations reposent sur le savoir. Il aimait à citer ce vers d’un poète arabe : « Le Kalam (la plume), depuis qu’il a été taillé, a pour esclave le sabre, depuis qu’il a été affilé. »

Il ne se contentera pas d’être brillant. Il nourrira sa pensée d’une vie intérieure intense et de toute son expérience d’homme d’Etat.

« Esprit libéral, ouvert aux idées neuves, il sera animé d’une foi enthousiaste dans l’avenir et le progrès infini de l’humanité », dira de lui Chérif Sahli dans son livre «  Abd-El-Kader Chevalier de la Foi ».

Certains hommes possèdent le don d’éveiller, chez leurs semblables, de nobles sentiments de vénération et d’enthousiasme. Ab-El-Kader fut l’un de ces hommes-là ! De Desmichels à Bugeaud, tous ceux qui le combattirent ou le rencontrèrent se plurent à reconnaître son génie et la noblesse de son âme. On retrouvera dans les récits du Colonel de Mirandol, de l’Intendant Morisot, ou du Capitaine Masso, l’admiration, le respect,  l’affection parfois,  qu’il déclenchait chez tous. Plus proche de nous, l’écrivain anglais William Blunt, dans « The Desert Hawk », « Le Faucon du Désert », évoquera lui aussi cet illustre personnage le comparant à un « faucon »…(…).

 

 L’Emir en France (1847-1852)

Abd-El-Kader arriva à Toulon en décembre 1847, selon le témoignage du Colonel Churchill, et, après une période d’incertitude, il se considéra « comme prisonnier à vie et (…) se résigna stoïquement à son sort. »

Tous furent stupéfaits de voir que cet homme, loin de faire des reproches aux responsables de sa pénible épreuve, sut trouver des circonstances atténuantes à leur conduite, tentant d’alléger « le fardeau de leur trahison et leur déshonneur » de l’avoir ainsi trompé.

On peut estimer cette surprenante et noble réaction à la lecture d’une lettre envoyée par le Général Daumas à Monseigneur Dupuch :

« Vous allez voir l’illustre prisonnier du château de Pau. Oh ! Vous ne regretterez certainement pas votre voyage. Vous avez connu Abd-el-Kader aux temps de sa prospérité, au moment où toute l’Algérie, pour ainsi dire, reconnaissait son autorité. Et bien vous le trouverez encore plus grand et plus extraordinaire dans l’adversité que dans la prospérité. Comme toujours, il domine de sa grandeur les perspectives de sa position. (Ses ennemis)…, qu’ils soient Musulmans ou Chrétiens, aussi justifiés que pourraient être ses plaintes à leur sujet, tous ont trouvé son pardon… ».

Ce ne sera que le 16 octobre 1852, que le Prince Louis-Napoléon se rendra au château d’Amboise, porteur d’un document officiel annonçant à l’Emir sa libération et son départ pour Brousse, en Turquie.

Durant sa détention, l’Emir Abd-El-Kader fit écrire l’une de ses  œuvres essentielle, dont le manuscrit est déposé  à la  Bibliothèque Nationale à Alger, et dont la traduction fut donnée intégralement dans le numéro un de la revue « Islamochristina ». Nous n’en reprendrons ici qu’un extrait, celui qui aborde « les difficiles problèmes posés à la foi musulmane par les positions chrétiennes sur la Trinité », afin de montrer à quel point cet homme, prisonnier et loin de sa terre,  se préoccupait encore  de question de spiritualité alors que toutes les conditions concourraient à ce qu’il ne pensa et ne réfléchit qu’à des questions d’ordre politique. Les notes qui accompagnent le texte sont de Monseigneur  Henri Teissier, Archevêque d’Alger de 1988 à 2008 ; elles parurent dans le « Bulletin de la Semaine religieuse d’Alger » du 9 mai 1983.

« Ils la décrivent sous la forme de trois hypostases (aqânîm), celle de l’Existence –c’est le Père-  et celle de la Connaissance –c’est le Fils – et celle de la Vie –c’est le Saint-Esprit. » (L’hypostase –uqnûm- étant le mot grec signifiant « origine » d’une chose).

« Pour eux, la réalité (mâhiyya) divine est donc composée de ces trois personnes. La Connaissance et la Vie sont les aspects de l’Essence (dât). C’est pour cela qu’ils disent : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, le Dieu unique ». »

Monseigneur Teissier a indiqué, dans « le Bulletin » cité plus haut, qu’  « Ilâh wâhid «  ou « Dieu unique », expression inconnue –ou non utilisée- du christianisme occidental après le signe de croix,  est un usage ancien des chrétiens orientaux   arabes. (…)

Pour  la présentation du « Verbe » et de « l’Esprit » comme « Connaissance » et « Vie », cela rejoindrait, toujours selon Monseigneur Teissier, une formulation ancienne et orientale du mystère trinitaire. (…)

Tel était l’homme.

 

L’Emir et le Christianisme oriental

Nous ne pourrons nous étendre sur les relations de l’Emir avec les Chrétiens du Moyen-Orient,  étant donné le peu de sources dont nous disposons.

Nous nous contenterons de rappeler quelques faits historiques,  de citer quelques témoignages, ceux dont avons pu retrouver une trace écrite.

Après sa libération par Louis-Napoléon, l’Emir  fut conduit à Brousse, d’où il se rendit à Damas, en 1856.

Monseigneur Teissier écrira, dans « La Semaine religieuse d’Alger » :

« Peu après, diverses intrigues, où se mêlaient les intérêts des grandes puissances, les faiblesses de l’Empire Ottoman vieillissant, et les antagonismes communautaires, devaient aboutir  à une série de combats entre Druzes et Chrétiens (1860), dans la montagne libanaise, puis à un soulèvement anti Chrétiens à Damas même. Au cours de ce conflit dramatique, l’Emir sauva, avec ses hommes, 15 000 Chrétiens ».

Cet épisode nous en rappelle un autre qui nous éclaire sur l’extraordinaire amitié que l’Emir portait aux Chrétiens.  N’avait-il pas exprimé le désir, avant de quitter la France, de se rendre à la résidence de son vieil ami Monseigneur Dupuche , alors Evêque d’Alger, en des termes qui nous éclairent sur sa réelle amitié pour un homme qui représentait, somme toute, « l’occupant » ? Charles-Henry Churchill témoigne de cette demande dans son livre sur la vie de l’Emir : « Ayant consacré ma première visite à Dieu (faisait-il référence à son voyage à la Mecque avec son père ? Nous pouvons le supposer…), la prochaine doit être  pour le meilleur de ses serviteurs. »

Dans sa grande œuvre de Mystique  «Kitâb  Al Mawâqif » -ou « Livre des Haltes »-, on pourra approcher sa vision du Christianisme, imprégnée de cette volonté d’ouverture qu’il cultiva inlassablement durant toute son existence. « Finalement, la proximité la plus significative avec les Chrétiens devait naître de la progression même de sa méditation mystique », commenta Monseigneur Teissier. C’est en découvrant « la profondeur du Mystère de Dieu, et l’incapacité de l’homme d’en faire le tour », que l’Emir écrira :

« Lorsqu’il s’agit de l’Essence de Dieu, l’Univers entier est stupide. Il n’est pas jusqu’au plérôme suprême (les anges) qui ne soit en quête de Lui. (…) Cette quête n’a pas de terme. Il ne peut être connu ; n’est connaissable  que ce qui procède de Lui en tant qu’effet de Ses Noms (…). Aucun être ne connaît véritablement Dieu (…). Comment l’être fini pourrait-il connaître Celui qui Est exempt de toute relation et de toute limitation ? » (Traduction de Chokiewicz dans son ouvrage sur les « Ecrits Spirituels de l’Emir »)

On verra « ce brillant et intransigeant champion de l’Islam se créer une position de tout premier plan dans le monde Chrétien (…), correspondant en termes d’égalité et d’amitié avec ses plus illustre Chefs d’Etat. », écrira Churchill.

 

Pensées de l’Emir

Un destin éclatant peut masquer la  grandeur d’un homme autant qu’une vie obscure. Celui de l’Emir a fait oublier que, plus qu’un « sabreur magnanime », qu’  « un homme de génie que l’histoire doit placer à côté de Jugurtha », comme Bugeaud le qualifia, Abd-El-Kader fut un penseur, un philosophe, un sage.

Bien que Léon Roches soit celui qui lui fit le plus de mal car, feignant de se convertir à l’islam, il devint rapidement son proche et servit les intérêts français en sous-main jusqu’au jour où, découvert, il s’enfuit, ses révélations  sur la personne même de l’Emir, sur son caractère, sur ses pensées, méritent créance. Ce témoignage révèle un homme retiré, qui savait allier,  conjuguer, « les affaires du siècle et celles de l’éternité », pour reprendre les mots de Michel Chodkiewicz lors d’une conférence donnée à Alger en 1980(…).

Léon Roches écrira : « Ces hommes au costume ample et majestueux, rangés sur plusieurs lignes, répétant par intervalles d’une voix grave les réponses « Dieu est Grand ! Il n’y a de Dieu que Dieu! Mohammed est prophète de Dieu ! », se prosternant tous ensemble, touchant la terre de leurs fronts et se relevant en élevant les bras vers le ciel, tandis que  l’Emir récite des versets du Coran, tout cet ensemble offre un spectacle saisissant et solennel. »

Comme nous l’avons  noté plus haut, l’Emir n’aimait pas la guerre. Il l’a faite par devoir. Depuis l’enfance, son goût pour l’étude ne l’a jamais quitté. L’image d’un pieux et austère guerrier sera  entre autres celle qui nous restera de lui, par delà les grands faits militaires dont nous n’avons pu parler ici, de crainte de nous égarer dans les péripéties exaltantes de ses campagnes.

Il sera avant tout un homme qui remit l’univers en cause dans sa totalité. Ibn’Arabi, qui fut accusé des plus grandes hérésies et qui, à notre avis , reste trop peu lu et trop mal connu, malgré l’abondance de ses traités et la richesse de ses œuvres, sera le philosophe, le savant sur lequel l’Emir prendra appui. Il l’a lu durant sa jeunesse. Et  bien qu’Ibn Arabi passa –et passe encore - pour un auteur difficile, dont quelques uns de ses vers ou quelques unes des ses lignes aient donné lieu à des volumes de commentaires sans que sa sagesse ne fut jamais tout à fait mise à nue, Abd-El-Kader y puisa une grande part de ses références en matière de Sagesse et de  Spiritualité. Dans les manuscrits de son fils, retrouvés dans les années 80 du siècle dernier, et qui n’ont pas encore été totalement étudiés, la qualité de « Majdhub », ou « Extatique » apparaît clairement. « Il brûlait les étapes de la quête mystique », écrivit son fils.

Cela n’en fit pas  pour autant un « fou de Dieu » coupé des réalités du monde, comme pourrait le suggérer une traduction littérale se basant sur l’étymologie du terme « majdhub », que l’on peut rapprocher de celui de « majnûn », signifiant fou dont les actes échappent à la raison…. Bien au contraire. Il y avait comme une savante  imbrication  entre sa quête spirituelle et ses devoirs d’homme d’Etat. Dans son ouvrage « Conseil au Sage ; Instructions à l’Ignorant », traduit par Dugat en 1858 sous le titre « Avis à l’Indifférent, Rappel à l’Intelligent », il écrira : « Il faut à la raison le couronnement divin, d’où la nécessité de l’alliance de la Foi et de  la Raison. »

Ce ne sont pas là les mots d’un être   dont la conduite échapperait au regard de la raison, bien au contraire ! Cette réflexion, qui sera reprise par de nombreux théologiens et philosophes, y  compris par le pape Jean-Paul ll qui en fit le thème principal de l’une de ses Encycliques (…), exprime bien cette personnalité déchirée entre la recherche d’un inaccessible savoir au plan de la spiritualité, errant et se perdant dans les immensités d’un Infini non incarné , Dieu, et les rivages exigeants et rationnels (dans une certaine mesure !) qui permettent de remonter le long courant des sciences et du savoir, ce fleuve qui prend ses sources dans la nuit des temps. Abd-El-Kader se pliera d’ailleurs à la lecture des philosophes et mathématiciens grecs, lira Avicenne et Averroès, se penchera sur la rencontre interreligieuse qui mit Saint-Thomas d’Aquin, Averroès et Maïmonide en présence et en correspondance… Nous n’avons rien inventé… Comme nous pouvons le constater, le dialogue entre les trois Monothéismes a toujours existé, sous une forme ou sous une autre,  avec ses temps forts et ses périodes creuses, passant de la volonté de se comprendre à celle de se combattre, selon les époques, les contextes, les nécessités du moment… Le problème des hommes est qu’ils oublient… Ce faisant ils se coupent de ce qui peut leur fournir les plus importantes armes du progrès : la connaissance de ce que l’Histoire véhicule dans ses bagages et enseigne à ceux qui la questionnent… Mais là n’est pas le sujet de notre propos. Revenons à l’Emir Abd-El-Kader.

Le penseur n’eut pas de réel Maître. Il s’est aventuré seul sur les chemins escarpés de la spiritualité et des sciences. Son « Kitâb Al Mawâquif » est le seul témoin qui nous reste de cette somme de connaissances  à laquelle il accéda peu à peu. Le nom qu’il donna à son œuvre fut inspiré de la vie d’Ibn’Arabi : « Les  Haltes », ces étapes où le sage reprend souffle après ses longues  « marches » sur les chemins arides de la quête de la Vérité… Tout un programme… Plus qu’une simple œuvre, ce que proposa l’Emir à travers cette longue réflexion, rythmée de silences  et de pauses, est une sorte de visite guidée de questionnements, d’interrogations, de méditations, d’interpellations… Chacune de ses « Haltes » pourrait donner lieu à quelques volumes de commentaires et d’approfondissements. Dans cette immense somme, une de ses pensées maitresses transparaît nettement : la distinction qu’il fit  entre l’ « Unicité de la vision directe », ou « Wahdat Al Shuhûd », et  l’  « Unicité de l’être », « Wahdat Al Whûd ». « L’Essence des créatures », écrivit-il, « n’est autre chose que l’Essence même de Dieu. Il n’ya  qu’une seule Essence et qu’une seule Réalité qui apparaît comme « Ilâh », de Dieu, sous un certain angle  (…), et comme « Abd », Serviteur -au sens noble du terme (méfions-nous de l’interprétation hâtive de termes sortis d’une autre langue et teinté d’une signification qui souvent nous échappe en première lecture…)- et « Khald », Créature, sous un autre angle », ces deux états   s’imbriquant, se confondant d’une certaine façon,  au cœur de  la source, de  l’origine, c’est-à-dire en Dieu. Pour l’Emir, « la Miséricorde divine (…) embrase toute chose ».

Nous sommes loin de ce que les discours actuels tentent  de faire passer pour une description des préceptes et fondements de l’Islam. Abd-El-Kader, sera  un musulman,  certes éclairé, certes particulièrement tourné vers la Sagesse, mais restant ancré dans une lecture strict du Coran et de ses commentaires, d’où il puisera les éléments qui constitueront les grands axes de ses réflexions, s’appuyant sur cette consigne si essentielle de l’Islam : « Allez et recherchez la compagnie des savants… », cette grande religion prônant l’apprentissage et l’enseignement comme un devoir sacré pour tous les croyants. C’est pourquoi, à travers lui, nous approchons ce qu’est, ou peut être, réellement l’un des fondements de l’Islam. Le témoignage de ce qu’il a été nous permet de comprendre également toute l’infinie beauté de cette religion que l’on réduit, chaque jour un peu plus, la faisant passer pour le contraire de ce qu’elle prêche en la faisant cohabiter avec les phénomènes de violence et de terreur que l’actualité étale à presque toutes les « Unes » des quotidiens, et qui sont les conséquences de biens des facteurs, mais ne peuvent en aucun cas trouver dans l’Islam même, de base légale à leur manifestation ou à leur existence.

L’apprentissage, le dialogue, la rencontre, (…), y sont présentés comme autant  de manières d’être et de démarches de vie. Rien à voir donc avec le « produit » que l’on présente aux foules, à l’opinion publique, sous le label « Islam ».

Et pour en revenir à l’Emir et comprendre cet homme hors du commun, un vers de Ibn’Arabi, qu’il chérissait tant, nous montre la force de ce concept d’ « Universalité de l’être » qu’il développa dans son « Kitâb » :

«  Mon cœur est devenu capable de revêtir toutes les formes,

Il est un vert pâturage pour les gazelles  et couvent pour les moines,

Temple pour les idoles et Ka’aba pour le pèlerin,

Il est les Tables de Thora et Livre du Coran…

Je professe la religion de l’Amour, quelque soit le lieu vers lequel se dirige ses caravanes…

Et l’Amour est ma loi, et l’Amour est ma foi. »  (Ibn’Arabi).

 

Conclusion

Lorsque l’Emir écrivait à Bugeaud : « Quel esprit peut pousser la France, qui se dit nation si puissante et si forte, à venir faire la guerre chez nous ? N’a-t-elle pas assez de son territoire ? Quel tort nous fera ce qu’elle prendra, comparé à ce qui nous restera ? Elle marchera en avant, nous nous retirerons ; mais elle sera forcée de se retirer et nous reviendrons. » (…).  Il ne pensait pas que ses mots resteraient là, témoins de ce que fut sa vie, forgée par un courage que n’égalait que sa patience, et que l’Histoire leur donnerait raison, les classant au chapitre se ses enseignements, tel un testament légué à l’humanité. Et si l’Histoire n’enseigne que si on l’interroge, elle sanctionne les erreurs avec la rigueur qu’on lui connait, n’admettant pas plus le mensonge que l’oubli, rappelant inlassablement que notre avenir trouve ses racines dans notre passé, et que le présent devrait servir prioritairement à en corriger les manquements.

Si l’on reprend l’un des extraits des « Mémoires » du Maréchal Bugeaud adressées au Ministère de La Guerre le 24 novembre 1849 (…), on comprend, au-delà de tout ce qui pourrait être écrit, la grandeur de cet homme dans le souvenir de ses adversaires :

« Il est impossible de parer de pareils coups avec un ennemi aussi rapide et entreprenant (…). L’Emir qui n’a que de la cavalerie, avec laquelle il fait 15 ou 20 lieues dans une nuit, qui trouve partout des sympathies, des vivres et des renseignements certains sur notre position, passe où nous ne sommes pas, où nous ne sommes plus. Il faudrait être sorcier pour deviner ses mouvements, et que nos soldats eussent des ailes pour l’atteindre (…). ».

Enfin, si l’on osait mettre face à face deux mots, celui de Saint-Arnaud, qui disait, dans une correspondance qu’il eut avec Bugeaud, le 18 janvier 1844 : » je ne laisserai pas un seul arbre debout dans leurs vergers, ni une tête sur les épaules de ces misérables Arabes (…). Ce sont les ordres que j’ai reçus du Général Changarnier, et ils seront ponctuellement exécutés(…). », et celui de l’Emir, qui écrivit dans un lettre à l’un de ses Khalifs : «  Soyez patient dans l’adversité, c’est elle (la patience) qui fait connaître les hommes forts (…). », on  saurait que vouloir dépeindre l’étendue de sa sagesse serait un exercice bien téméraire.

C’est pourquoi on laissera le loisir à une citation de Napoléon Bonaparte, dont on ne peut nier l’habilité politique, le soin de conclure provisoirement la courte présentation que nous avons tenté de faire de ce grand homme qui restera, dans la mémoire des Hautes-Plaines de l’Atlas, comme dans celle de l’Histoire, ce « Faucon du Désert » que décrivit si bien William Blunt :

« Il ne faut jamais craindre de rendre justice à un ennemi ; c’est toujours honorable, et quelque fois habile ».

Pour nous qui aimons l’homme autant que sa sagesse, nous retiendrons essentiellement de lui ce mot :

« Si tous les trésors du Monde étaient déposés à mes pieds, et s’il m’était donné de choisir entre eux et ma liberté, je choisirais ma liberté. »

Gageons que sous le terme « liberté », l’Emir y mis ce qui en fait l’essence même, cette liberté d’être et de penser, de croire et de choisir, cette merveilleuse faculté qu’ont les hommes de pouvoir façonner leur destinée en de lui donnant un sens !

***

Notes et courte bibliographie commentée :

Ø  Abd-El-Kader, L’Emir

1.      « Le cheval  arabe pur sang », (Lettres de l’Emir au    Généra Daumas), Paris, Bureau de la Revue contemporaine, 1867.

2.      «  Lettres aux français », Paris, Phébus, 1977.

3.      « Rappel à l’Intelligence, Avis à l’Ignorant », Paris, 1858.

4.      « Le Livre des Haltes », la dernière traduction complétée d’Abd-Allah Penot, préfacée par Bruno Etienne, Paris, Devry, 2008.

5.      « Kitâb Al Mawâqif », épuisé. Nous en avons une édition Algérienne et un autre Libanaise. A peut-être été réédité…

 

Ø  Azan, Colonel

1.      « L’bd-El-Kader, 1808-1883, du fanatisme au patriotisme français »,  Paris, 1925. Propose une biographie d’Ab-El-Kader très discutée… Cartes.

2.      « Conquête et pacification de l’Algérie », Paris, 1929. Index et cartes. Un ouvrage intéressant pour avoir une idée d’ensemble sur la politique coloniale française en Algérie, de 1830 aux insurrections de 1845, et jusqu’à la fin du siècle.

Ø  Ballestros, Louis

« L’Emir Abd-El-Kader et l’Algérie(…),  Paris,  1865. L’auteur soutient    l’idée que la France devrait faire de l’Emir « un propagateur des institutions libérales et civilisatrices… ».

Ø  Bellemare, Alexandre

               « Abd-El-Kader – Sa vie politiques et militaire », Paris, Hachette, 2ème éd. 1863.                  Ancien secrétaire interprète, commis principal au Ministère de la Guerre, l’auteur nous laisse une biographie très documentée.

Ø  Churchill, Colonel Charles-Henry (Henri)

1.      “The life of Abd-El Kader”, London, 1861. Ouvrage  très  complet et très documenté sur la vie de l’Emir et sur sa pensée. Une traduction en a été faite par Michel Habart à Alger en 1981.

2.      “ Le combat de l’Emir Abd-El-Kader”, un article dont la  traduction est en arabe, d’Abul-l Quacem Saâd-Allah, paru dans El-Moudjahid Culturel (Revue algérienne) le 8 juin 1969.

Ø  Dupuche, Monseigneur Antoine A.

             « Abd-El-kader au Château d’Amboise », Bordeaux, 2ème éd., 1849.

Ø  Roches, léon   

 «  Dix ans à travers l’Islam,  1834-1844 », Paris, 1904. Ministre plénipotentiaire  en retraite, ancien secrétaire intime de l’Emir… On dit de lui qu’il a été celui qui a trahi Abd-El-Kader… Son livre est très complet, mais les faits décrits restent, pour bon nombre d’entre eux, invérifiables.

Ø  Sahli, Mohammed

              «  Abd-El-kader, le Chevalier de la foi»,  Alger, 1953. Un hommage rendu  à l’Emir par un                    Algérien . Nombreuses citations.

Ø  Yacono, Xavier

              « Abd-El-Kader, franc-maçon. Le retour des cendres de l’Emir à Alger »,  France-Eur.-Afrique no178, novembre 1966, pp.28 à 36. Un visage de l’Emir dont nous n’avons pas parlé mais qui mériterait que l’on s’y arrête…

Bien d’autres ouvrages concernent l’Emir. Nous n’avons signalé que les plus significatifs, ceux qui lui sont contemporains, ceux qui nous ont, entre autres, servi à approcher cette énigmatique mais si riche personnalité.

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Published by mary ann van gellens
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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 17:44

Nasser et La CIA

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Premier dossier sur les agissements « underground »de la c.i.a et du gouvernement américain:

De l’art et de la manière d’intervenir, de manipuler  et de mener le jeu dans le monde : Une méthode bien rôdée…

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«Le passé et le futur n'existent qu'en relation avec toi ; tous deux ne sont qu'un, c'est toi qui penses qu'ils sont deux.»
( Djalal al-dîn Rûmi )

 

*

 

En écrivant « Le Jeu des nations –L’immoralité du pouvoir public », l’Américain Miles Copeland avait certes conscience de lancer une bombe. Un diplomate qui avait lu son manuscrit lui avait reproché de révéler « un tas d’informations qu’il aurait  mieux valu oublier », et de ternir l’idée que les Américains se faisaient de leur gouvernement. C’est ainsi que ce livre fut édité en Grande-Bretagne et non aux Etats-Unis. Spécialiste des questions arabes au département d’Etat, Miles Copeland a tenu, à Washington, de 1955 à 1957, le rôle de Nasser dans ce « jeu des nations dont il nous explique les règles. Il a également été envoyé en mission –des missions très  spéciales…- au Moyen-Orient à cette époque cruciale. Le mécanisme qu’il démonte permet de se faire une idée, sinon de comprendre, comment se sont « montés » -et se montent toujours…- la plupart des coups de théâtre qui se jouent sur les scènes des pays du sud, des nations émergentes, des Etats africains, de la zone du Moyen-Orient…, etc.

Il ne s’agit pas d’histoire dépassée. En reprenant les confidences de ce spécialiste des manœuvres « underground », méthode pas uniquement américaine, nous reposons une question qui nous semble fondamentale : sommes-nous toujours dans un monde régit par quelques principes de base, que cautionnerait le Droit International Public, censé être le garant de l’idée que les Etats sont souverains (…) –l’ont-ils été vraiment un jour? Pour certain on peut en douter…-, ou avons-nous versé dans une sorte de système où seule la loi du plus fort règne ? Si cela s’avère être devenu « la norme », il est à craindre que ce grand retour à un état plus proche de « la barbarie » que de « la civilisation » ne nous conduise à nous autodétruire à plus ou moins brève échéance. Peut-être que les conditions biologiques de la vie nous permettront de nous multiplier sur cette terre durant des siècles encore…Mais ce sera sans ce qui nous a tous tenu tant à cœur : la liberté d’être souverain et de se définir selon ses propres aspirations. Ce principe essentiel a permit  aux peuples, et aux nations qui les représentent, de se construire ensemble un monde où l’homme a peu à peu émergé des sombres pages de son histoire (…) pour se définir comme appartenant à une humanité debout, capable de se donner des règles, de respecter quelques lois d’éthique et de morale politiques et économiques, de s’accepter dans ce qui en fait l’un des charmes, l’une des richesses, la diversité. Le problème du respect de la nature n’est pas considéré ici, mais il n’est pas oublié. Nous nous proposons d’ouvrir un dossier délicat qui ne ressort que du cadre du politique, plus particulièrement des manipulations politiciennes des américains (il fallait un premier exemple…) en matière d’intrusion dans les affaires d’un Etat tiers, voir d’une région, le Moyen-Orient. C’est un premier dossier. D’autres suivront.

 

 1. L’art de faire le nécessaire.

« Les dirigeants qui prennent les décisions majeures au niveau du gouvernement, sont comme des chefs d’entreprise. Ils disposent de tous les moyens imaginables pour peser les données d’un problème et pour le résoudre. Des moyens impersonnels, objectifs et d’une efficacité éprouvée. Même si les grands principes doivent en souffrir. » C’est ainsi que Copeland résume ce qui lui a semblé être le système auquel il a appartenu (son témoignage rapporte une méthode de travail qu’il a pu observer dans les années soixante-dix. Disons que l’on admet qu’il y ait eu quelques réaménagements...Mais ceux-ci concernent plus la forme que le fond de la dite méthode…), manière de faire qui reste aujourd’hui d’actualité. Par souci de clarté, nous le citerons  textuellement. C’est un témoignage qui est  trop important pour risquer d’être déformé par une remise en forme. Nous en commenterons  la portée plus tard.

« « L’honnêteté, disait Benjamin Franklin, est la meilleure des politiques ». Ce n’est pas une loi inviolable. Quand l’intérêt d’un pays est en jeu, on n’hésite pas à faire intervenir des formes occultes qu’il est toujours possibles de désavouer ensuite. En particulier, quand il s’agit de passer outre au principe de « non- ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain ». C’est l’une des raisons d’être du Jeu des nations.

Les fenêtres de « la salle de jeu » du ministère américain des Affaires étrangères (département d’Etat), à Washington, donnent sur Connecticut Avenue. Dans cette salle, chaque jour de la semaine, entre dix-sept heures et minuit, des experts triés sur le volet se réunissent autour d’une table de conférence. Leurs noms : Tito, Pompidou, Willy Brandt, Kossyguine, Golda Meir, Nasser, etc.…

En réalité, Kossyguine peut avoir les traits d’une jeune femme aussi belle que Brigitte Bardot et Golda Meir ceux d’un universitaire à l’acné encore juvénile. Mais tous bénéficient d’informations en provenance du département d’Etat, de la CIA, du Pentagone. Informations qui sont supposées être entre les mains de la personnalité dont ils jouent le rôle. Ces experts sont chargés de déterminer ce que seront les réactions du vrai Nasser ou du vrai Pompidou, face aux décisions de l’exécutif américain.

Sachant comment ripostera l’adversaire, le Président des Etats-Unis  peut préparer sa riposte à la riposte.

Les experts ont des principes relativement simples.

Premièrement, oublier toute notion de bien ou de mal.

Deuxièmement, considérer que le premier objectif d’un chef d’Etat est de conserver le pouvoir.

Troisièmement, considérer qu’un chef d’Etat estime toujours qu’il agit pour le bien de son pays, en plus du pouvoir qu’il détient et ne tient pas à perdre.

Dans le « jeu des nations », il n’y a ni bons ni méchants. Seulement des gens qui essaient de marquer des points.

Les résultats sont généralement satisfaisants. Au moins aussi bons que ceux de la météorologie nationale.

Mais s’il est facile pour un Américain de prévoir la réaction d’un chef d’Etat (Notons que De gaulle est peut-être le seul à avoir échappé à de nombreuses reprises à cette règle !..), y compris d’un chef d’Etat d’Europe orientale, il n’en est pas de même quand il s’agit de dirigeants du Tiers-Monde, qui semblent ne suivre aucune règle établie (ou, à tout le moins, connue…). Et, alors qu’il est facile de programmer sur ordinateur un match de boxe, ou autre, (…), il est plus difficile de programmer un match Foster-Dulles-Gamal Abdel-Nasser.

À un tel point que nous, Américains, ne pouvons pas toujours « jouer » avec un leader du Tiers-Monde. C’est alors que l’exécutif peut envisager l’élimination du partenaire récalcitrant.

Encore faut-il qu’il ne soit pas remplacé par « un joueur » plus déroutant… (Ce qui s’est passé en Irak par  exemple…et ailleurs…Nous y reviendrons.). L’exemple syrien est, à cet égard, des plus significatifs, poursuit Copeland.

Au mois de février 1947, le gouvernement Britannique fait officiellement savoir à Washington que Londres n’a plus les moyens financiers d’assurer « la paix britannique » au Moyen-Orient. Ou bien les Américains prennent la relève, ou bien cette région risque de tomber entre les mains des Soviétiques. Nous décidons de relever le défi.

À cette époque, nous poursuivons un triple objectif dans la région : éviter que la « guerre froide » ne dégénère, à la faveur d’un conflit local (…), en guerre tout court entre les Etats-Unis et l’Union soviétique ; permettre aux gouvernements locaux de se renforcer politiquement et militairement pour les associer à « la défense du monde libre » ; favoriser nos investissements commerciaux.

« À priori », nous avons les coudées franches. Le seul conflit local est le conflit israélo-arabe, mais les deux « Grands » ignorent encore à qui apporter leur sympathie (…). La Grèce et la Turquie sont nos alliés à 100%. L’Iran (d’avant la Révolution dite islamique) l’est encore à 90%. Seuls les pays arabes nous sont hostiles.

Les experts américains estiment qu’il s’agit d’un malentendu : les Arabes ont toutes les raisons de craindre l’URSS et d’apprécier notre bouclier. Les compagnies pétrolières les rendront bientôt riches. Ils seront les premiers bénéficiaires d’un « règlement amical » de la question palestinienne. (…)

Malheureusement pour nous, les dirigeants arabes n’ont pas suivi le raisonnement des experts. Et les experts en ont conclu qu’il était indispensable de renverser ces dirigeants. Cela dit, ils préconisèrent, pour une première intervention, la plus grande prudence. Et ils déterminèrent dans quel pays cette intervention aurait lieu.

La Syrie a été choisie, par élimination. En 1947, sa situation économique est excellente. D’autre part, après des siècles de domination turque, puis française, les Syriens semblent mûrs pour la démocratie. Enfin, la clique des politiciens au pouvoir semble particulièrement vulnérable. Il suffira d’un léger coup de pouce pour les faire tomber. Par exemple, que les élections de juillet (…) soient réellement « libres » (on  y reviendra…). Sans aucun doute, des élections véritablement « libres » seront-elles gagnées par une élite intellectuelle qui se révèlera coopérante.

En conséquence, diplomates, journalistes, missionnaires, agents secrets, sont mobilisés pour veiller à « la régularité » du scrutin. Des candidatures sont suscitées. Les bureaux locaux des compagnies pétrolières américaines, fraîchement installées, couvrent leurs panneaux publicitaires d’affiches invitant les citoyens à accomplir leur devoir. (Rappelons ci qu’il s’agit d’un système politique qui leur est totalement étranger…les Etats-Unis le savent…). Un accord est conclu avec les chauffeurs de taxi : ils conduiront gratuitement les électeurs jusqu’aux bureaux de vote. Des machines à voter, du dernier modèle, sont expédiées des Etats-Unis. L’ambassade informe Washington que les élections seront « aussi américaines que la tarte aux pommes ».

La désillusion sera à la mesure des assurances données.

 

Il n’y a pas d’astuce.

L’électeur de base considère que « ces élections libres » sont imposées par l’étranger au bénéfice d’un gouvernement corrompu. Il ne profite de l’occasion que pour monnayer son bulletin de vote. Les chauffeurs de taxi s’associent pour négocier leurs services à l’un ou l’autre parti. Les scribes kurdes ne tiennent pas leur parole donnée aux missionnaires et font voter en bloc pour le plus offrant. Les machines à voter sont sabotées. Ou bien tombent en panne faute d’électricité. Les deux ou tris qui fonctionneront jusqu’au bout ne connaîtront pas un meilleur sort. La « technologie impérialiste » est suspecte. Les résultats donnés seront contestés. Les bulletins de vote recomptés à la main. Avec toutes les irrégularités possibles et inimaginables. Il y a des blessés. Il y a des morts. Les observateurs se demandent quelle astuce les cerveaux de Madison Avenue ont encore inventée ! En vérité, il n’y a pas d’astuce. Simplement, nous sommes nouveaux dans la région. Nous ne connaissons pas les règles du jeu qui s’y pratique. Mais nous ne désespérons pas. De 1947 à 1952, nous nous contenterons d’être présents, soutenant matériellement nos candidats comme les Soviétiques, les français, les Britanniques, le feront pour les leurs. Notre attitude est celle du joueur de poker qui s’installe à une table sans connaître ses partenaires. Nous misons, mais nous évitons de suivre  quand les enchères montent trop haut. Parallèlement, nous formons des spécialistes des questions arabes. Au bout de dix ans, nous en aurons autant que les Britanniques et quatre fois plus que les Soviétiques.

Personnellement, je suis arrivé à Damas au mois de septembre 1947. J’étais chargé d’entrer officieusement en contact avec le président Kouatly et les principaux membres de son gouvernement. Je devais les convaincre de libéraliser le système politique.

Très rapidement, je me suis rendu compte que Kouatly, malgré son accueil chaleureux, n’avait pas l’intention de libéraliser quoi que ce soit. Et qu’il ne croyait pas à l’importance d’une révolution pourtant prévisible.

En ce qui nous concerne, la situation était claire. Ou bien cette révolution serait le fait de politiciens opportunistes soutenus par l’URSS, et déboucherait sur un bain de sang, ou bien elle serait l’œuvre de l’armée, avec notre appui, et s’accomplirait pacifiquement. Ainsi fut décidé le coup d’Etat du colonel Zaïm qui eut lieu le 30 mars 1949.

Husni Zaïm était alors chef d’état-major de l’armée syrienne. Les hommes de l’équipe du major Meade, de la légation américaine, entreprirent systématiquement de tisser des liens d’amitié avec lui. Meade suggéra à Zaïm l’idée du coup d’Etat et lui donna des conseils pour le réaliser. Dès que l’idée eut fait son chemin, le département d’Etat fut avisé. Tout en nous  faisant comprendre qu’il préférait ne rien connaître des détails de l’entreprise, le département d’Etat répondit qu’il ne voyait pas de raisons « de décourager Zaïm  pour autant que ce dernier promettait de rétablir la démocratie parlementaire aussitôt que possible ».Nous savions (pourtant bien, quant à nous…) que telle n’était pas l’intention de Zaïm.

Il voulait emprisonner les politiciens corrompus ; établir un gouvernement de technocrates ; engager des réformes dans le domaine socio-économique ; « faire quelque chose de constructif » pour régler le problème israélo-arabe. Mais nous considérions que la situation était si explosive qu’il fallait avant tout assurer le maintien de l’ordre. Quels que soient les moyens utilisés. Le coup d’Etat se déroula sans contretemps.

Deux jours plus tard, Meade était l’éminence grise du nouveau dictateur. C’est lui qui faisait nommer les ambassadeurs, favorisait les promotions et décidait du régime alimentaire que devait suivre Kouatly, qui souffrait d’un ulcère, dans sa prison. Le gouvernement américain reconnut le nouveau régime.

Aussitôt Zaïm devint un autre homme. Il nous pria de changer d’attitude à son égard. De nous lever quand il entrait. De ne plus le tutoyer. De l’appeler « Excellence ». Il restait, cela dit, amical à notre égard. Mais nous pensâmes qu’il valait mieux lui chercher un remplaçant.

D’autant plus qu’il était un militaire de la veille école. Il ignorait la théorie moderne du commandement qui exige d’un chef qu’il place ses subordonnés dans une telle situation qu’ils n’aient d’autre choix que d’accepter ses ordres. Zaïm exigeait l’obéissance inconditionnelle de ses camarades officiers. Il ne tolérait pas la discussion. Au bout de quelques mois, il fut évident qu’il ne représentait même pas l’armée. Qu’il ne représentait que lui-même.

Le 14 août, un groupe d’officiers conduits par Sami Hennawi encercla la maison de Zaïm, et liquida le dictateur. Quatre mois plus tard, Sami Hennawi sera emprisonné par un autre officier, le colonel Adib Chichekly, qui gouvernera par civils interposés jusqu’au 21 novembre 1951, prendra le pouvoir absolu à cette date et la fuite trois ans plus tard. Depuis, les coups d’Etat succédèrent aux coups d’Etat et personne ne sut plus qui était derrière qui.

De l’expérience syrienne, nous avons tiré un certain nombre de conclusions.

La première, c’est qu’il s’agit moins de changer de gouvernement que d’établir un régime stable. Si nous intervenons à nouveau en Syrie, ce sera dans ce but. Nous préférerions un gouvernement stable, quelle que soit sa composition, à une succession de coups d’Etat. (Notons que c’est ce qui se produira avec les « règnes » de Asad, père et fils…)…

La seconde, c’est que Zaïm, quatre mois durant, a mené la Syrie comme un chef de bande. Un gangster. Il aurait mieux valu appuyer un groupe qu’un homme. Une élite, soutenue par une « sous élite » ayant elle-même des racines dans le peuple. Un régime du type Zaïm ne peut durer longtemps. Il est ruineux pour le pays. Il ne permet plus de jouer au « jeu des nations ». En effet, quoi de plus énervant pour des partenaires que de savoir qu’un mauvais joueur peut renverser la table ?  Mieux vaut encore un homme qui nous imposera des concessions, mais que nous pourrons comprendre (…pour ne pas dire explicitement contrôler…).

C’est ainsi que nous avons fait la connaissance de Gamal  Abdel Nasser.

 

2. À la recherche d’un leader.

Pendant la période d’ »observation » qui succéda au fiasco de Zaïm, les politiciens américains continuèrent à rêver.  Ils croyaient les Arabes bien trop « pratiques » pour vouloir le communisme (entendre par là...la main mise Soviétique…/ou Chinoise…pour la question vietnamienne. Nous y reviendrons.). Qu’il suffisait d’organiser des élections libres pour que cette région s’engage dans la voie de la démocratie parlementaire (un produit d’importation, ne l’oublions pas…). Dans ses discours, le secrétaire d’Etat Dean Acheson semblait partager cette opinion. En privé, il demanda à ses collaborateurs de chercher des solutions moins orthodoxes au problème arabe. Et il plaça à la tête d’un comité secret, composé de spécialistes du ministère des Affaires étrangères et  du Pentagone, un agent de la Central Intelligence Agency.

Cet agent était Kermit Roosevelt.

Petit-fils du président Theodore Roosevelt, Kermit « Kim » Roosevelt se rendra célèbre, en 1953, en montant seul, à Téhéran, l’Opération Ajax : le shah ayant fui à Rome, c’est « Kim » qui rameuta les partisans du monarque et provoqua les émeutes qui devaient le rétablir sur le trône.

En attendant, il devait diriger le comité secret qui, au bout de quelques semaines, soumit une série d’idées « non conventionnelles». La moindre n’était pas le lancement d’un prédicateur musulman, de la stature de Billy Graham, qui mobiliserait les masses arabes dans une grande croisade anticommuniste. On alla jusqu’à sélectionner des religieux irakiens, mais le projet n’aboutit pas.

Au début de 1952, le comité participa au « jeu des nations » du Moyen-Orient. On prit en considération les positions de nos amis, de nos ennemis et des neutres. On fit le point de notre expérience et de nos capacités. Depuis l’Opération Zaïm, notre connaissance s’était singulièrement renforcée. Nous nous sentions prêts à entreprendre une opération d’envergure. Pour de multiples raisons, nous choisîmes l’Egypte. Nous étions convaincus de son influence sur les autres pays arabes. Encore fallait-il trouver un leader.

Un leader qui ait plus de pouvoir qu’aucun chef arabe n’en a jamais eu (y compris celui de prendre des décisions impopulaires). Et  qui en ait le goût. Un leader qui, contrairement à Zaïm, partage son succès avec ses compagnons et soit accepté par le peuple. Le seul ennui est que, pendant des siècles, les Egyptiens avaient été dirigés par des hommes corrompus, imposés par l’étranger, et qu’ils se méfiaient instinctivement des dirigeants. (N’oublions pas qu’il s’agit là de l’analyse d’un américain ayant travaillé dans le cadre des manœuvres américaines dans la région… Son point de vue, aussi intéressant soit-il, reste celui d’un observateur extérieur et étranger à la région…). Il n’y avait aucun moyen d’éviter qu’un leader égyptien, comme tout chef d’Etat arabe, n’utilise le péril israélien pour souder le peuple autour de lui.

La première mission de Kermir Roosevelt consistait à organiser une « révolution pacifique » avec la complicité du roi Farouk. Le roi aurait supervisé le changement de pouvoir, prenant de vitesse les forces révolutionnaires que la CIA avait démasquées depuis déjà deux ans et que l’on disait sur le point de passer à l’action. Si notre premier projet échouait, il faudrait trouver une personnalité de premier plan, ou un homme fort, ou une formule combinant les deux. Farouk aimait bien Roosevelt. Il l’avait connu pendant la guerre alors qu’une crise avait éclaté entre lui et les Britanniques qui exigeaient le renvoi de ses ministres favorables à Hitler. Roosevelt lui rendait alors visite chaque jour et lui parlait de l’avenir de l’Egypte après la guerre. Une Egypte qui aurait recouvré toute sa souveraineté et dont lui, Farouk, serait le vrai  chef.

Farouk aimait entendre ce genre de propos et c’est pourquoi il accueillit chaleureusement Roosevelt quand ce dernier débarqua au Caire en 1952. Cela dit, le roi n’était pas exactement l’homme que recherchait l’Américain. Bien qu’intelligent, il manquait de suite dans les idées, se plongeant dans des orgies phénoménales alors que l’on attendait de lui une décision urgente. (Nous reviendrons sur cette façon de juger de la qualité d’homme d’Etat, en fonction de ce que l’on en attend…). C’était un velléitaire.

Pendant les deux mois que Roosevelt passa au Caire, Farouk s’arrangea pour que les deux hommes forts du gouvernement, Martaghi et Motaal, forcent le Premier ministre à démissionner. Il le fit tout en accumulant les « preuves » que les deux hommes étaient manipulés par la CIA. Il nomma un honnête homme, El Hilali, à la tête du gouvernement. Mais en lui posant de telles conditions qu’El Hilali ne pouvait accepter. Enfin, devant les arguments de Roosevelt, il permit à El Hilali de chasser du gouvernement les ministres les plus corrompus. (Toujours cette « main mise extérieure…Nous verrons en quoi ces consignes venant du gouvernement américain n’étaient pas discutables…Pour le moment nous nous contenterons de les illustrer par une parole célèbre du Parrain-cet excellent film de Coppola- : « nous lui avons fait une proposition qu’il ne pouvait refuser »…Nous y reviendrons…). Mais il leur procura des charges encore plus lucratives. Découragé, Roosevelt comprit que seule l’armée pourrait instaurer un régime avec lequel les puissances occidentales pourraient discuter. (Nous y voilà…).

Ce n’était pas de gaîté de cœur. Après la pagaille qu’il avait pu observer en Syrie, Roosevelt se méfiait des militaires. (Dans cette région du monde. Les Américains seront beaucoup moins « chatouilleux » sur la question quand il s’agira de mettre en place des gouvernements dictatoriaux avec, à leurs têtes, des militaires, dans certains pays d’Amérique latine...Mais là nous passons à un autre aspect de la question…, que nous traiterons ultérieurement.) Pourtant, il accepta de rencontrer les officiers que la CIA soupçonnait de préparer un coup d’Etat. C’était en mars, (exactement) quatre mois avant la prise de pouvoir par Nasser.

Nasser savait que la CIA connaissait l’existence du complot. Il s’arrangea de son côté pour que des officiers libres rencontrent Roosevelt. Il y eut trois entrevues  importantes qui débouchèrent sur un accord.

En fait, Roosevelt et Nasser faisaient la même analyse de la situation égyptienne. D’une part, les masses ne se soulèveraient pas pour des raisons économiques. Aucune révolution historique n’a eu pour cause des raisons économiques (…Discutable…Mais suivons le raisonnement et l’exposé de Copeland jusqu’au bout…).

D’autre part, les masses égyptiennes ne se soulèveraient sous aucun prétexte. Pendant des milliers d’années, les fellahs (les paysans) ont vécu chichement et ils pourraient vivre de même encore un millier d’années. (Même si nous ne partageons pas la manière dont la chose est amenée et les causes avancées, il est certain que le paysan égyptien a, de tout temps, montré un fatalisme docile devant sa misérable condition. Cela provient certainement, entre autres,  de l’histoire même de l’Egypte pharaonique…). Ainsi, il n’y aurait pas de soulèvement populaire. Dès que les conditions seraient favorables, l’armée prendrait le contrôle du pays et les masses seraient petit à petit gagnées à la révolution.

 

La reconquête de la Palestine

Ni Roosevelt ni Nasser n’estimaient le peuple égyptien mûr pour la démocratie. Néanmoins, afin de faciliter les relations entre le gouvernement du Caire et celui des Etats-Unis, ils décidèrent d’un commun accord que le nouveau régime s’engagerait publiquement à « rétablir le processus démocratique ». En réalité, le  gouvernement révolutionnaire, dit Roosevelt, devrait alphabétiser le peuple ; favoriser l’établissement d’une classe moyenne ; faire comprendre au peuple qu’il est son gouvernement et non celui des Anglais, des Russes, des Français ou de l’aristocratie ; favoriser l’instauration d’une démocratie originale tenant compte des réalités locales.

Il y avait, certes, des sujets de friction. Particulièrement en ce qui concerne le problème palestinien. Mais Roosevelt releva, à ce sujet, des nuances d’importance.

La plupart des Arabes  -et nombre d’Occidentaux- (à resituer dans la période…) considèrent que la reconquête de  la Palestine  est une priorité majeure des pays de la région. Eric Downton, journaliste au « Daily Telegraph », quotidien conservateur londonien, a écrit que la défaite de 1948 avait été « traumatisante » pour les Arabes et que  la « haine d’Israël » avait été un élément déterminant dans l’esprit des promoteurs de la révolution égyptienne.

Nasser n’était pas de cet avis. Cinq ans après la défaite, et à la suite des conversations avec des centaines d’officiers, il considérait que le peuple ne ferait pas une révolution pour les palestiniens. Il admit devant Roosevelt que les officiers égyptiens avaient été humiliés par les Israéliens. Mais il insista sur le fait que leur ressentiment allait, « dans l’ordre, contre nos propres officiers supérieurs, les autres Arabes, les Britanniques, puis les Israéliens ».

Autre point délicat : celui du nationalisme arabe. Faire dire à un responsable égyptien ce qu’il pense sincèrement des Arabes est pratiquement impossible. La première règle, pour quelqu’un qui projette un coup d’Etat dans un pays arabe, est d’en appeler aux Egyptiens (ou aux Syriens, aux Irakiens, etc…) et de ne pas prononcer le mot « arabe ». Malgré les déclarations sur la fraternité entre Arabes, les Arabes ont l’esprit de clocher. (Rappelons qu’il s’agit là d’un point de vue qui n’engage que Copeland …, même si l’appréciation est très partagée par d’autres observateurs…).  Et  c’est ce qui compte quand on proclame un changement de régime. C’est vrai des Egyptiens en général et de Nasser en particulier. Quand il a déclenché sa révolution, celui qui, depuis, s’est révélé le plus grand leader panarabe savait peu de choses sur eux. Il ne sentait pas arabe (Notons que les Egyptiens ne sont pas des Arabes…Et que l’on met un peu trop facilement tout et n’importe quoi sous l’intitulé « Arabes »…Un gros mélange qui sert à ceux qui auraient beaucoup de peine à s’imaginer entretenir de vraies relations de partenariat avec les peuples du Moyen-Orient…Nous y reviendrons également…). Il n’avait jamais visité d’autres pays arabes. (L’amalgame « Egypte-Pays Arabe » est une constante des observateurs Occidentaux. L’Egypte est un pays de culture arabe, de religion musulmane-avec des minorités…- mais l’Egypte est égyptienne (pour faire court !) !) Il détestait le peu qu’il en savait. Même les voyages qu’il a entrepris dans la région depuis 1952 ont confirmé cette vielle suspicion. Pour lui, les Irakiens sont des sauvages (…), les Libanais (encore des non-arabes !) sont corrompus et moralement dégénérés. Il aurait dit (à Copeland) que « Beyrouth était un grand night-club »… Les Saoudiens sont sales, les Yéménites arriérés et stupides, les Syriens irresponsables et tricheurs. (Les humains ont vraiment l’art de se dénigrer les uns les autres !).

….

Je suis convaincu, continue Copeland, que les officiers qui l’entourent …se servent du panarabisme dans l’intérêt de la seule Egypte. (Point de vue à analyser…). D’ailleurs, chaque fois que Nasser a été confronté à d’importants problèmes intérieurs, il est devenu moins arabe et davantage égyptien.

Il est bon de mentionner l’absence de la Palestine et la fiction de l’unité arabe dans les motivations des révolutionnaires égyptiens qui ont pris le pouvoir en 1952. L’incompréhension des vraies motivations nous a fait commettre de lourdes erreurs en Egypte comme dans d’autres pays du Moyen-Orient. (Je pense personnellement que ces « erreurs » d’appréciation dont parle Copeland ne sont pas le seul fait de cette époque. Les Américains, comme d’autres (…), continuent de croire qu’ils ont compris cette région du monde alors qu’ils ne l’ont qu’effleurée, avec une « grille » d’interprétation qui est source de nombreuses erreurs. Le problème  est, je suppose, ailleurs que dans une bonne compréhension de ces peuples. Il réside dans l’évaluation de ce que l’on pourra continuer d’obtenir d’eux, tout en les plaçant dans l’impossibilité de se développer de manière autonome, car cela nuirait  au rôle qu’on leur a assigné sur l’échiquier géopolitique, échiquier dont on fixe unilatéralement les règles du jeu et que l’on considère comme une sorte de « chasse-gardée »…Nous analyserons  plus tard cet aspect de la question…).

Une affaire strictement intérieure…

Les officiers égyptiens aimaient bien les Américains à cause de leur familiarité. Mais ils respectaient et admiraient les Britanniques. C’est  pourquoi ils ne leur ont jamais pardonné de les avoir traités en inférieurs : « Ils nous donnaient l’impression, m’a dit Nasser, d’être des citoyens de seconde classe dans notre propre pays ». (Cet aspect de la question, le fait de traiter « l’Autre » de manière condescendante, quand on ne le taxe pas tout bonnement « d’inférieur »…est l’une des grandes failles du système américain. Nous verrons, dans le cadre d’une analyse plus approfondie, que c’est peut-être là  qu’il faudra chercher les causes d’une « rupture » toujours plus affirmée entre l’Occident et l’Orient , ou, plus précisément,  le Moyen-Orient…).

Roosevelt avait parfaitement compris. Quand il rentra du Caire, au mois de mai, il fit un rapport détaillé à Dean Acheson.

« Premièrement, dit-il, la « révolution populaire » prévue par le département d’Etat n’aura pas lieu.

« Deuxièmement, malgré les espoirs du département d’Etat, il ne sera pas possible de tenir l’armée « hors du coup ». Qu’on le veuille ou non.

« Troisièmement, les officiers qui vont prendre le pouvoir n’ont pas les motivations que leur attribuent la plupart des diplomates. Non seulement cela augmente leurs chances de réussir, mais encore nous aurons en face de nous des négociateurs flexibles et raisonnables.

« Quatrièmement, le gouvernement américain devra accepter le départ du roi Farouk et, peut-être, la fin de la monarchie. Il est possible, pour la forme, d’adresser une protestation officielle et l’ambassadeur américain au  Caire peut se préoccuper du roi Farouk.

« Cinquièmement, une fois le nouveau régime installé, le gouvernement américain devra se garder d’insister pour que la junte organise des élections et instaure un gouvernement constitutionnel. Nous devons considérer que la mise en place d’institutions démocratiques sera longue et se fera en souplesse. (Avisé…)

« Sixièmement, personne, à Washington, ne doit considérer que le coup d’Etat est « notre coup d’Etat ». Ce sera une affaire strictement intérieure, pratiquement libre de notre influence, que l’on soutiendra en se bornant à ne pas s’y opposer. Quant à l’ennemi déclaré du nouveau régime, il s’agit bien moins d’Israël que des classes possédantes égyptiennes, et que cela nous plaise ou non, de l’Angleterre. »

 

Tout se passe comme prévu

Roosevelt parla aussi beaucoup du type de leader qui s’imposerait. Ce ne serait sans doute pas le grand leader arabe espéré, mais la situation particulière que connaît l’Egypte exige un dirigeant moins prophétique. (…).  Un dirigeant capable de « dominer et  presque ensorceler un petit groupe d’hommes ».

« Il sera ce qu’il sera, conclut Roosevelt. Si nous ne savons pas comment nous y prendre avec lui, il vaut mieux apprendre ».

Notre gouvernement apprit le coup d’Etat du 22 juillet par les journaux. Les rapports de la CIA qui avaient précédé la nouvelle ne donnaient pas la date exacte de l’évènement. La presse occidentale était favorable (…Nous reviendrons sur la question des médias occidentaux…). Le coup d’Etat s’était déroulé sans effusion de sang et il était, manifestement, bien accueilli par les Egyptiens. L’homme qui tenait le devant de la scène, le général Néguib, semblait être un homme de caractère réfléchi est ses lieutenants, des jeunes gens aux cheveux courts, paraissaient être du gabarit rêvé pour bâtir la nouvelle Egypte. Ils affichaient leur détermination de balayer la corruption, d’instaurer un gouvernement efficace, de réformer les partis politiques. Ils ne parlaient pas d’Israël (Ouf…Nous y reviendrons…). Si la presse avait « doublé » l’ambassade, c’était seulement parce que les journalistes avaient câblé la nouvelle à trois heures du matin… (Officiellement…Se reporter à ce que demandait Roosevelt, plus haut…dans les extraits de son rapport…). L’ambassade était fermée et Nasser dû attendre le matin avant d’envoyer l’un de ses adjoints prévenir officiellement l’ambassadeur.

Une fois le coup d’Etat accompli, Roosevelt et les membres du comité secret évitèrent d’avoir des contacts directs avec Nasser. D’une part, pour ne pas être accusés de connivence ; d’autre part, parce que tout se déroulait comme prévu.

Ce ne sera qu’après l’installation du général Eisenhower à la Maison-Blanche, en 1953, que nous déciderons de voir où en était la révolution égyptienne.

C’était le vœu du nouveau président, qui désirait tout savoir de ce nouveau « joueur », et s’assurer qu’il ne sortait pas des sentiers battus. Enfin il s’agissait de déterminer une stratégie afin de « gagner » si nous devions entrer en conflit avec lui et, surtout, de l’amener à coopérer avec nous autant que possible.

Nous savions  qu’en l’aidant à se renforcer dans ce secteur du jeu nous allions créer, inévitablement, des conflits entre lui et nous (…).Mais nous pensions qu’avec un minimum d’habilité, nos intérêts respectifs seraient sauvegardés…

***

 

Le problème, c’est que Nasser ne sera pas l’homme que les américains croyaient avoir cerné… À cela s’ajouteront les « conditions » que l’Histoire lui offrira (Nous sommes en pleine époque de décolonisation…Nous sommes aussi contemporains de Nehru (…), Tito (…) Etc...) pour montrer aux américains qu’il ne suffit pas toujours de gagner au « jeu des nations » pour emporter la victoire.

À suivre…

*

 

Mary Ann van Gellens, 10-11 juillet 2010.

 

 

 

 

 

 

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 18:27

vue-signe-pendre ~GTN1801Une réflexion s'impose sur le phénomène de la fermeture de nombreux bistrots en France. Que se passe-t-il donc? Pourquoi autant de rideaux qui se baissent pour ne plus se relever? Comment cela est-il perçu par les habitués du lieu? Quel monde est-on nous en train de façonner? ...

Ce qui est certain c'est que nous sommes, chaque jour un peu plus, confrontés à une sorte de dissolution des formes de communications primaires, qui permettaient la rencontre, un moment de convivialité partagé,  une brèche dans le drame de l'isolement... Cette  soupape de sécurité, que sont  en soi les  bistrots, est nécessaire  à la vie des quartiers qui reconstituent quelque peu une forme de village au coeur des cités.( Le problème se pose également dans le monde rural semble-t-il.) L'homme en a besoin. Il n'est pas qu'un "animal de labour" dont on n'attend rait que la force de travail dans le cadre rigide d'une estimation d'un rendement attendu. Il est avant tout un être sociable qui a besoin de nouer des liens, éphémères (comme au comptoir d'un bar) ou plus profonds (...). Le priver de ces espaces de vie et de rencontres le mettent en situation de grand danger au niveau de son équilibre psychique. Or le psyché ne pouvant être séparé du soma (le corps), ce danger s'étend donc à sa santé d'une manière plus générale...

Nous sommes donc vraiment devant une problématique  grave. Ce qui peut sembler attristant, c'est le peu d'importance que le monde politique, théoriquement en charge de la société, donne à ces multiples signes de dégradation des conditions de vie des gens. Il est à redouter que l'étendue  des dégâts , liés à cette destruction progressive des réseaux de solidarité qui donnent visage humain aux   foules,  aura,  dans un avenir  proche , des conséquences importantes et irréversibles..

Une réflexion  s'impose...

Voyons ensemble ce que les enquêtes récentes ont signalé:

"1.      En France, les bars ferment les uns après les autres. Ce phénomène touche aussi bien les villes que les campagnes. On parle de 6 bistrots, en moyenne, qui baissent le rideau, chaque jour, sur l’ensemble du territoire…C’est un patrimoine culturel et social qui s’évanouit ainsi dans les oubliettes de l’histoire et de la mémoire. C’est une maladie qui ronge peu à peu la France, ce pays emblématique où l’on disait un temps qu’il comportait presque un bistrot par habitant ! Et par bistrot, nous entendons  ces petits cafés à la décoration souvent minimaliste mais à l’ambiance chaleureuse…

2.      Avec la mort de ces lieux de rencontre, ce sont des quartiers –la forme urbaine des villages (…)- entiers qui basculent, changent de visage, d’ambiance. Une lente déshumanisation, insidieuse, progressive, s’effectue... « Le comptoir d’un café est le parlement du peuple », disait H.de Balzac. Le bistrot a  son rôle social à jouer ! Il est essentiel pour toutes les couches de la population. Il est ce lieu où l’on se croise sans s’investir vraiment, où l’on consomme un verre ou un petit noir, accoudé au comptoir ou assis à une table, s’échangeant ces brèves qui ont une saveur toute particulière (…), où le temps d’un instant on sort de  sa routine et de ses préoccupations personnelles, pour aller à la rencontre de l’autre avec légèreté,  pour refaire le monde ou simplement commenter l’actualité. Et si ces petites conversations de bistrot n’avaient pas l’audace de se placer au rang des grands débats métaphysiques ou philosophiques, elles étaient le véhicule de tous ces petits riens qui font nos quotidiens. Un bistrot qui ferme c’est la disparition d’un lieu de vie et de convivialité. Car le bistrot est un microcosme, un petit univers en soi. Une sorte de pont trans-générationnel, transculturel, qui réunit les milieux les plus différents, pour un moment de vivre ensemble.

3.      Les villes dévorent les bistrots, les engloutissent, les digèrent. Elles l’ont fait avec les gens, nivelant les spécificités socioculturelles de chacun au profit de l’ensemble. Soucieuses de rentabilité, elles sont en train de devenir des zones dont l’identité est dictée non plus par la convergence des différences mais par de sombres calculs qui transforment l’homme en une simple machine à produire, toujours plus, toujours plus vite… Les villes prennent le train du Management. Elles sont, sur le modèle des entreprises, devenues des machines à rentabiliser la rentabilité. Elles s’équipent, aménagent et réaménagent inlassablement en zappant, sans en avoir l’air, ce qui les rendaient humaines, vivables. Les grands projets se succèdent. On se donne l’impression de  faire avancer les choses, au détriment, le plus souvent, de ce qui faisait le charmes de nos agglomérations, ces petits riens qui nous faisaient aimer nos quartiers, qui nous restituaient un peu de nos cultures, qui nous gardaient un place, un repère, dans le mouvement…(…). Rentabiliser l’espace…Rentabiliser la rentabilité…une fuite en avant qui échappe à toute logique, sinon celle de la fameuse rentabilité. Est-ce devenu une fin en soi ? Jusqu’où ira l’hécatombe de nos espaces de liberté et de rêve ? L’homme est-il devenu le sujet de cette machine infernale qui broie tout au nom du rendement ? La question est posée. Et que l’on ne nous dise pas que l’on fait dans l’écologique ou dans le durable. L’utilisation de ces termes à la mode ne sert qu’à couvrir une vision nouvelle de l’habitat des hommes, celle qui le déclasse au rang d’esclave d’uns système qu’il a certes contribué à mettre en place mais qui, peu à peu, l’a absorbé, dominé, mis en esclavage, au nom du progrès et de la modernité. (…)

4.      Certes, les modes de vie changent. Les gens d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Les impératifs de la survie impriment leurs lois sur les modes d’existence. Plus de temps est passé à se déplacer de son domicile à son lieu de travail, ce petit sésame qui se fait capricieux : on  perd un travail plus vite qu’on en trouve un. Le consumérisme effréné modifie également les priorités : il prend de plus en plus le pas sur la convivialité et tout ce qui la rend possible, sur ces espaces de vie où elle peut s’exprimer, sur sa nécessaire existence au sein de nos sociétés en perte de repères. Aujourd’hui, on tue plus volontiers le temps en faisant  les boutiques qu’en allant à la rencontre de nos congénères. C’est l’ère du posséder pour se prouver que l’on est. Aujourd’hui, on en veut pour son argent. On est devenu d’autant plus difficile que nos existences se sont compliquées… »

 

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 00:44

Voici une question qui se pose à nous avec force et insistance.

Nous nous souvenons de l'interpellation de Raymond Aron (1) lorsqu'il a dit et écrit :

"L'historicité de l'homme moderne implique au moins la connaissance de la pluralité des régimes économiques ou politiques, possibles en notre siècle (2), la connaissance de l'univers dans lequel les peuples ont trouvé leur résidence et le sens de leur vie".

Souvent, nous nous sommes demandés si une telle épistémologie (3) était ou non concevable. Envisager d'ouvrir un débat sur cette épineuse question  serait peut-être une bonne idée. Cela reviendrait à proposer plusieurs esquisses de réponses possible, chacune relevant d'une perspective différente, mais toutes convergeant vers un même point, celui où se trouveraient confrontés les deux aspects d'une même définition: "le mot" et "la chose" que concernent les Relations Internationales.

De nombreux chercheurs, toutes disciplines confondues, se sont penchés sur ce grand "fourre-tout", et chacun d'entre eux a pu relever, peu ou prou, les dysfonctionnements de ce système d'interdépendance que l'on pensait solide et respectueux des normes du Droit International  Public liant les États.

La Seconde Guerre Mondiale avait laissé certes le monde "coupé" en deux blocs. Mais tous se montraient friands d'une régulation des comportements inter étatiques et d'une rapide reconstruction des relations, en prenant bien garde de se protéger contre le risque d'un nouveau conflit mondial. (4)

Tout à leur ivresse et à la joie de leur victoire, que les règlements de compte, grande "lessive" inévitable (...), ne réussissaient pas à    assombrir, les Alliés  se sont engouffrés dans ce que De Gaulle a nommé "Le Machin", le système des Nations-Unis, cette nouvelle mise en scène des Relations Internationales, sans se soucier  de ceux qui en étaient les grands absents. Il y avait "quatre grands". Et  l'on allait s'arranger entre soi. (5) Irresponsabilité collective, aveuglement, tels furent, entre autres, les ingrédients de cette solide reprise en main du monde. C'était faire fi des leçons de l'histoire. 

"La vérité historique est souvent une fable convenue", disait Napoléon. Certes... Mais cette fable, qui a nié le droit d'exister, politiquement et de manière autonome et libre, aux trois quarts du monde,  allait très vite se montrer grotesque.  Et en entendant l’avertissement lancé par Gandhi, "l'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie", nous suggérons de nous méfier ce que nous croyons établi irrémédiablement...

Cette absence de la scène internationale, à  l’époque de  l’après-guerre, de tous ces peuples qui allaient retrouver peu à peu leurs  indépendances (...) et constituer des nations,  ne constituait en rien une preuve   de leur inexistence. Compter sans eux fut une erreur.

Le mode du « consensus » qui permit  de faire passer bon nombre de décisions, dans le cadre de l’Assemblée  Générale des N.U., peaufina cette illusion collective qui permit à l’opinion de se convaincre que les dangers qui avaient amenés les hommes à se détruire durant deux guerres mondiales,  étaient définitivement écartés. Il est vrai que d’aller s’affronter par zones  (…) interposées  (La Corée ; Le Vietnam ; L’Afghanistan… Etc. ; …) fut très malin, ou très diabolique. Le problème est que l’on a joué à un jeu dont on ne mesurait,  et ne mesurons toujours pas,  les conséquences…   On a servi au grand public une série de spectacles qui ne correspondaient pas aux manœuvres « under ground ». Ce faisant, on l’a exposé à des dangers encore plus grands que ceux qui peuplent son imaginaire. Il est en train de le découvrir, sans toutefois pouvoir l’analyser totalement, n’ayant pas en main toutes les données du problème.  Ces crises, dans lesquelles nous entrons (…), n’en sont qu’un préambule…

 Ce qui est certain, c'est que dans cette petite cuisine où l'on concoctait les grands plats  qu'on servirait  à "la table" des nations, on avait oublié totalement  ceux que Franz fanon avait nommés "Les damnés de la terre". Aujourd'hui encore, on ne peut  présager de ce que ces déshérités  de l’Histoire ont à revendiquer,  ni des moyens d'action dont ils useront pour se faire entendre. Et les faire taire par la force, ce serait comme de vouloir faire disparaître une source en la bouchant. Elle disparaitra  certes un temps dans les profondeurs de la terre, mais elle retrouvera  toujours un moyen de revenir à la surface… « La  Puissance » et la force qu’elle permet  n'est pas toujours l'outil le mieux adapté à l'acquisition ou au maintien du  « Pouvoir ». Encore faudrait-il se mettre d'accord sur ce que l'on considère comme étant la réalité de celui-ci…

Tout s'est  donc joué dans ces années de flou qui ont succédé à la période du second conflit mondial (même si, en Histoire, les germes des bouleversements sont toujours à chercher en amont de la période où ils se manifestent …).  Les "Puissants", l'Occident vainqueur,  n'ont pas compris qu'ils n’étaient plus les uniques détenteurs de la planète.  Mais ils ont continué  à jouer  les  civilisateurs, ceux par qui  le  progrès  allait  venir, ceux qui avaient "la bonne réponse" aux problèmes du monde, des peuples, de l'humanité toute entière. Et, sous l'apparence de relations courtoises les liant les uns aux autres,  ils se partageaient "le gâteau», vendant leurs manœuvres politiciennes à l'opinion publique en omettant de leur révéler l'essentiel, le "dessous des cartes", car cela aurait été avouer que la partie était truquée, que les dés étaient pipés, qu'en fait, dans ses grandes lignes, les jeux étaient faits. Bien sûr que l'on négocierait avec les "nouveaux venus"... Mais au cas par cas, à mesure que les enjeux l'imposeraient, et sans jamais revenir sur ses prérogatives. Nouvelle erreur qui risque fort de se confirmer dans un avenir très proche, car, quant bien même l'illusion d'avoir toujours la main perdurerait, une autre réalité ne tardera pas à  poindre, n'en doutons pas. On ne peut museler indéfiniment  les revendications légitimes des plus démunis, sans prendre le risque de leur donner une raison de se manifester avec  force et parfois violence!

Alors de quelles Relations Internationales parlons-nous?

Avant de pouvoir estimer si "une épistémologie des Relations internationales" est concevable ou non, il nous faut revenir à une définition de celles-ci. En d'autres termes, il nous faut reformuler ce qu'elles peuvent introduire comme concepts dynamiques, les champs qu'elles peuvent recouvrir, afin d'en circonscrire les limites et d'en déterminer les perspectives. Ce ne peut être certes qu'une approche très sommaire: le sujet étant si vaste, il mériterait un travail de recherche approfondi et minutieux. Mais nous aurons ainsi posé la question et proposé une première réponse possible, tout en suscitant, nous l'espérons, une réflexion. L'enjeu nous semble suffisamment important pour que l'on se risque à développer cette interrogation, dans le cadre restreint d'un court article, au risque de sembler tomber  dans ce qui pourrait être une approche simpliste d'une question complexe...

Qu'est-ce que l'on entend par  Relations internationales? Expression entrée dans le langage courant dès lors que l'on parle de relations entre les Etats-ou groupe d'Etats,  "le mot" a évolué. Il s'est moulé aux aspirations  du temps, des époques qu'il a traversées. En effet, si on les considère   à la manière des médias (tout support confondu), force est de constater qu'elles ne recouvrent plus  tout le champ que l'Histoire leur a concédé. Aujourd'hui,  "la chose" des Relations internationales  renvoie essentiellement au jeu des Nations qui ont droit au chapitre, à condition toutefois de préciser qu'il ne s'agit là que de celles qui appartiennent au cercle  restreint des grandes Puissances, celles qui peuvent se permettre d'ériger, de dicter, des règles qui s'imposeront ensuite au reste du monde. Ne soyons pas dupes.  Ceux qui détiennent les rênes de la finance (pour faire court) détiennent celles du pouvoir! Cette suprématie leur offre l'opportunité d'imposer  leurs points de vue dans tous les domaines, une sorte de « diktat », culturel, économique, politique, qu'il devient de plus en plus difficile de soumettre à l'examen d'un examen critique sous peine d'être taxé, au bas mot, de politiquement incorrect.  On est allé jusqu’ à violer allègrement l’un des fondement  du Droit international Public qui régit les rapports entre les Etas souverains, sans que l'opinion publique ne s'insurge vraiment, en laissant par exemple, Monsieur G. W. Bush et ses « amis »,  entrer en Irak avec ses troupes, sous un prétexte qui s'est être avéré totalement  fallacieux. Cette norme, qui est à la base de l’existence du Droit International Public, exprime le principe de l'inviolabilité de la souveraineté des Etats.  Comment, dès lors, appréhender les Relations  Internationales dont l’une des missions  est de fournir un cadre aux relations interétatiques, si l'instrument qui les régit  est ainsi bafoué au gré des intérêts de quelques uns?

Les  Relations internationales  doivent retrouver, pour que la question d'épistémologie puisse être posée, les marques que lui a cédées cette longue et laborieuse sédimentation qui plonge ses racines dans la nuit des temps (...). Rencontre des cultures, échanges, affrontements de conceptions diverses et parfois contradictoires de "la Citée", du gouvernement des affaires de l'Etat (...)... Ce furent de lentes mutations, au cours d’un long processus, qui ont permis l'édification et la construction d'un monde pluriel, régit  par un "cortex" de règles dont ce sont nourries les  Relations internationales, un ensemble de "lois" qui ont façonné leur mode de fonctionnement, en ont mis en place le territoire.

En d'autres termes, il nous faut rendre à l'Histoire ce mode « d’exister ensemble »  des hommes en se souvenant que le sujet de cette Histoire, au sens le plus large du terme, est l'homme,  sa vision du monde, à travers l'espace et le temps, ses aspirations, ses espérances. Elle est  l'expression de ce chemin qui a modelé nos sociétés humaines au gré des évènements, des "moments" qui l'ont jalonnée,  les projetant, parfois de façon violente, dans un mouvement continu où les échanges, d'homme à homme, puis de groupe à groupe, enfin de nation à nation , ont fondé, peu à peu, les règles d'un jeu subtil, d'où personne ne sort vraiment gagnant mais où chacun peut, si les conditions d'une certaine éthique et  de quelques principes moraux  sont réunis, avoir sa part.

Sortir de  ce cadre qui a forgé les  Relations internationales, c'est sortir du champ de la Vie, c'est se détourner de l'homme, c'est se couper de notre part d'humanité.

Seul un  examen des dérives du système qui s'est  substitué aux règles et usages de la vie internationale élaborée au cours du temps, peut nous permettre de retrouver ce qui a été la spécificité première des Relations  internationales et en a fait la richesse: une délicate alchimie entre les besoins des uns, les attentes des autres, les exigences des troisièmes... Un défi à la barbarie, en constante recherche d’équilibre, en perpétuel quête de repères...

Alors, et alors seulement,  nous pourrons nous demander si une réflexion épistémologique sur la question est envisageable. Et nous dirons qu'à l'évidence la réponse est oui. Ce serait même l'un des moyens de renouer avec l'unité d'un système clôt, celui que représente l'univers des hommes, où se jouent et se déploient ce vaste ensemble d'éléments qui, imbriqués les uns aux autres, donnent l'Histoire!

Mary Ann van Gellens

Notes:

 

(1) Raymond Claude Ferdinand Aron,  philosophe et politologue, sociologue, journaliste... (1905-1983).

(2) Il s'agissait du milieu du XXème siècle... Mais la réflexion reste d'actualité. Nous pourrions dire qu'elle revêt aujourd'hui une  importance encore plus grande: depuis les années 1990, nous avons brisé toutes les digues quii maintenaient, contenaient, les politiques dans le cadre d'un certain équilibre... Il nous faut, en toute urgence, repenser notre monde et tenter de lui redonner un visage plus humain et plus respectueux de la diversité des peuples et des cultures qui le composent... C'est la condition sine qua none pour que notre espèce puisse rêver à un futur, qui, pour l'heure, semble être lourdement entaché, pour ne pas dire compromis...

(3) "Épistémologie", ou étude des méthodes et des principes qui relèvent de la philosophie (...), au sens où l'on se penche sur les principes et les causes d'un concept, d'une notion... d'un point de vue général et abstrait.

(4) & (5) Je reprendrai cette question dans une prochaine réflexion.

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